Gainsbourg: "Je choque, donc je suis"
On l'a vu, Gainsbourg était un désabusé. Il se défendait d'être cynique par nature: "Je ne suis devenu cynique qu'au contact de mes prochains, qui m'agressent sur ma laideur et sur ma franchise. On dit que je suis laid, bon, d'accord, je le sais, je m'en fous".
C'est peut-être l'artiste masculin dont je me sens le plus proche humainement, non pas pour sa laideur, mais pour sa sensibilité refoulée derrière une agressivité de façade.
On sentait en lui un homme blessé.
On retiendra dans son oeuvre de formidables mélodies mais surtout la richesse de ses rimes.
Le sexe était pour lui un sujet sur lequel il pouvait disserter à l'infini.
A commencer par "Les sucettes", une chanson acidulée que la pauvre France Gall susurra sans comprendre.
Suivi du torride "Je t'aime, moi non plus", titre gémissant et érotique à souhait interprété par le couple Gainsbourg-Birkin en 1969. Sublime.
Par la suite, Gainsbourg privilégiera la provocation avec plus ou moins de bon goût. Il ne semble plus être alors que l'ombre de lui-même, quand il s'autodétruit à petit feu et à petites gouttes (oserai-je ironiser). Son "I want to fuck you" à la chanteuse américaine Whitney Houston en direct à la télé, les transes déplacées de sa dernière compagne Bambou dans son très controversé "Love on the beat" n'étaient pas des plus subtils.
15 ans après sa mort, cet élitiste par atavisme, ce provocateur par défaut, nous manque. On retiendra le meilleur de son oeuvre, de "La Javanaise" (initialement écrite pour Juliette Gréco) à "Je suis venu te dire que je m'en vais".

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