8.7.06

Trenet: le fou chantant

Si Piaf et Aznavour sont des chanteurs "réalistes", Charles Trenet est lui un chanteur "surréaliste".
Il ne faut s'attendre à aucune construction logique de son esprit, le laissant vagabonder au gré de ses rêveries. Ce poète, ce "fou chantant" a révolutionné la chanson française dans les années 30 en lui apportant de surcroît une touche musicale teintée de swing et de jazz.

Curieusement, c'est l'interprétation magistrale du "soleil a rendez-vous avec la lune" par Sylvie Vartan à Sofia en Bulgarie en 1991 qui m'a donné l'envie de "revisiter" le répertoire de Charles Trenet.

C'est à New York en 1992 que je me suis procuré sa compilation intitulée là-bas: "The extraordinary garden - The very best of Charles Trenet".

Depuis, je suis devenu un inconditionnel avec une préférence pour ses premières années: "Fleur bleue", "Jardin du mois de mai", "Vous êtes jolie", "La route enchantée", "Boum" ... mais aussi les plus nostalgiques "Revoir Paris" et "Ménilmontant" quand il évoque "des yeux très doux, les tiens maman".

Petite anecdote historique pour finir. C'est Trenet qui la raconte, mais il fabulait tellement.
C'était en 1959. L e Général de Gaulle, dès son arrivée à l'Elysée, avait invité les stars du music-hall. On les fait grimper sur une sorte d'estrade. Au premier rang, Maurice Chevalier, Tino Rossi, Piaf et Trenet. Juste derrière, Montand, Mouloudji, Gréco, Aznavour, Bécaud et les autres. Trenet raconte la suite avec jubilation: "Quand Chevalier m'a vu à côté de lui, il m'a fait un geste du pouce pour que je recule d'un rang. J'ai obéi. Et de Gaulle arrive, serre les mains de Piaf, de Tino puis, passant par-dessus l'épaule de Chevalier, prend la mienne, la garde dans la sienne et se met à déclamer: "Longtemps, longtemps après que les poètes ont disparu" ..."

Oui, Charles Trenet nous a fait aimer le music-hall ...