10.8.09

Epilogue

Le blog se termine sur ce nouvel opus de Sylvie Vartan à paraître en septembre. On remarquera le visuel très artistique de la pochette, signée Pierre & Gilles.

En attendant, voici le commentaire paru dans la rubrique "Paris étudiant" du Parisien.fr.

"Depuis ses débuts, Sylvie n'a cessé de se produire et d'enregistrer régulièrement des albums originaux concoctés par des noms illustres. Parmi eux, Jean-Loup Dabadie, Jean-Louis Murat, Marc Lavoine, Eric Chemouny... Sur scène, elle chante en live Brel, Piaf, Ferré, Trenet... Rien ne l'arrête dans ses choix scéniques, car elle est avant tout une interprète bien qu'elle ait souvent prouvé qu'elle était aussi une performer... Elle prépare actuellement sa rentrée 2009 à l'Olympia. Une tournée internationale suivra. Son nouvel album inédit s'intitulera "Toutes peines confondues". Il marque son retour chez son producteur d'origine RCA. Il comprendra des titres écrits par elle et un titre blues concocté par Carla Bruni "Je chante le blues".

A l'évidence, un opus très personnel, avec des jolis textes que l'on dit même un peu littéraires. Et des mélodies qui ont du vague à l'âme et nous ramènent aux origines slaves de Sylvie. L'acoustique du disque est excellente (dit-on), signée et soignée par le prestigieux bassiste de jazz- rock Jannick Top.
On imagine volontiers Jannick grattant les cordes d'une guitare sèche sur la voix sensuelle et grave de Sylvie.
Car la voix de la blonde est superbement mise en valeur. On évoque déjà sa très belle interprétation de: "L'un part, l'autre reste" mis en musique par Frédéric Botton, celui-là même qui composait pour Barbara et Juliette Gréco.
L'opus se termine sur une poignante et magnifique reprise de "La chanteuse a 20 ans" de Serge Lama.
Frissons garantis sur disque et à l'Olympia.
Un album à l'évidence d'une classieuse élégance et d'une belle cohérence artistique.
L'album de la maturité.

Et pour moi, l'occasion de finir ce blog en beauté.
J'ai désormais d'autres projets, d'autres envies, d'autres aventures qui ne passent plus par l'exercice solitaire de l'écriture.
Happy end.

Juillet 2006-Août 2009.
"La vie d'artiste"
CC

23.4.09

Sylvie Vartan: British Compilation

What is it ? A british label has compiled the best of Sylvie's pop songs.
It's a joke ?

Non pas. Et pourtant, c'est bien la première fois qu'un label UK s'intéresse au parcours artistique de notre blonde égérie et propose un opus destiné à la faire découvrir. Faut dire que le marché britannique est plutôt hermétique à tout ce qui s'apparente à "the French Music".

L'originalité de cet opus est qu'il ne compile que les chansons écrites spécialement pour Sylvie Vartan, alors que chez nous, on a trop souvent tendance à penser qu'elle n'adaptait alors que des titres anglo-saxons.

Le CD est accompagné d'un très joli livret dans lequel le journaliste anglais Kieron Tyler écrit tout le bien qu'il pense de Sylvie qu'il surnomme "the France's queen of pop". Il évoque le guitariste Mick Jones et le batteur Tommy Brown, tous deux britanniques et compositeurs de la blonde qu'ils accompagnaient en tournée. Il rappelle avec délice qu'ils formèrent plus tard le fameux groupe Foreigner.
Kieron Tyler évoque nos années 60 en France qui furent influencées par la musique américaine puis anglo-saxonne.
Sylvie est selon lui la pionnière en 1961, c'est à dire la première fille en France à chanter et populariser ce genre de musique qui s'appelait le rock'n roll.
Puis arrive Françoise Hardy en 1962, moins rock et plus orientée ballades. Françoise sera classée plusieurs fois au Top of the pops britannique, ses chansons douces étant judicieusement traduites pour le marché anglais.
En revanche, selon Kieron Tyler, RCA (le label de disques de Sylvie) se focalisait plutôt sur les USA, d'où son absence regrettée sur le marché britannique. Il cite sa fameuse session enregistrée à Nashville en 1963, avec les choristes d'Elvis Presley.
L'influence anglaise sera plus présente dans la musique de Sylvie à partir de 1965, dans ce qu'il est convenu d'appeler sa période pop.
Et cette période, revisitée dans cette compilation (1965-1968) est bien musicalement la plus novatrice et performante pour Sylvie.
Influence anglo-saxonne certes, mais rappelons-le, créations originales, même pour les titres en anglais comme "Gonna Cry" et "It's not a Game".

L'opus démarre par des titres qui sonnent plutôt rock comme "Dans tes bras, je veux l'oublier" et "Je voudrais être un garçon" qui datent de 1965. Puis arrive la fameuse influence pop en 1966 avec des perles un peu oubliées comme le tonique "Ce jour-là" et le plus lancinant "J'ai fait un voeu". Le succès culmine alors en 1968 avec le tubesque "Irrésistiblement" mais aussi "L'oiseau" à l'envolée très psychédélique.
Enfin, Kieron Tyler a le bon goût de rappeler que Sylvie excelle aussi dans les ballades plus romantiques et propose son "Ballade pour un sourire" dédié à son fils et les langoureux "Je préfère tes bras" et "Et pourtant je reste là" dédiés plutôt à son Johnny de mari.

Autre évidence en écoutant cet album. C'est plus un parcours initiatique qui est proposé qu'un classique best of . On n'y trouve pas les incontournables "Comme un garçon" et autres "2 minutes 35 de bohneur" à tonalité plus variétoche et certainement moins avant-gardistes musicalement.
On voit donc l'intérêt de ce disque collector qui risque bien de devenir culte pour tout vartanophile averti.
La pochette elle-même est séduisante. Le vert bouteille attire le regard mais le visage de Sylvie se profile en demi-teinte dans la pénombre, souligné par un rais de lumière ... comme une incitation subliminale à découvrir une chanteuse dont le visage et le parcours restent inconnus en Grande Bretagne ?
La métaphore serait jolie.

Merci donc à Kierson Tyler pour son initiative et laissons-lui le mot de la fin dans un jargon "franglais" délicieux: "Irrésistiblement, c'est irresistable."
Isn't it ?

17.4.09

L'ami Gainsbourg

Ce message est signé romain.
Avec la finesse littéraire qui le caractérise, ce jeune passionné de poésie française évoque ici pour mon plus grand plaisir Gainsbourg comme il avait déjà évoqué pour nous Trenet, Ferré et Boris Vian.
Si, si, relisez plus bas.
C'est en explorant la discothèque de son papa qu'est née très tôt sa passion pour ces grands noms de la chanson française, à une époque où les "2Be3" sévissaient dans les cours de récréation et à la télévision commerciale.

Son article s'intitule: "Débris de mots, d'étoiles et de coeurs"

"Ainsi Gainsbourg pourrait être défini en trois mots? Voire...
En une vingtaine de chansons glanées dans la production de ses débuts avec les classiques connues comme "La Javanaise" ou inconnues comme "Un violon, un jambon", j'ai découvert tel qu'en lui-même les années qui l'ont façonné. Il était déjà surprenant, mystérieux et très attachant parce que, me semble-t-il, en perpétuel devenir; cela malgré l'expérience amère d'une jeunesse que les méandres de l'histoire avaient meurtrie.

C'est tout l'intérêt de ses premiers enregistrements que de nous faire découvrir en ses multiples inspirations, les prémices d'une oeuvre poétique très personnelle, souvent mélancolique, où la musique est déjà dans les mots.

Son répertoire évoquait alors l'alcool et le tabac, les filles et les langueurs de ces vies que l'on n' a pas choisies.

Peintre dans l'âme, il tracera ensuite les contours de "Elaeudanla téitéia" dans un "Comic Strip" (débris de mots), pressentant dans les "Initials BB", entre Mustang et Davidson, les "Bad news from the stars" (débris d'étoiles).
Et c'est en homme apparemment distancié de ce monde qu'il analysait pourtant lucidement, qu'il posa avec tendresse et sympathie, ce regard amusé sur "Le poinçonneur des Lilas" (débris de coeurs)."


romain

Belle analyse romain même si je vois dans "Le poinçonneur des Lilas" un regard plus désabusé qu'amusé.
Petiot, je me souviens très bien de ces poinçonneurs anonymes qui dans le métro et le bus faisaient en effet "des trous, encore des p'tits trous, toujours des p'tits trous".
Il est des métiers qui ne devaient pas être bien motivants en effet.

16.4.09

Véronique Sanson joue les prolongations

Très joli cliché en noir et blanc de Véronique Sanson.
Il date de 1972.

C'est l'époque où la chanteuse se fait connaître du grand public avec ses premières compositions: "Amoureuse", "Besoin de personne", "Comme je l'imagine" et "Chanson sur ma drôle de vie".

Je suis en sixième et j'écoute plutôt les chanteurs de variétés, à la voix légère et sucrée, qui chantent les oiseaux et les petites fleurs.
Quoique !
Quand Sheila, Cloclo et Patrick Juvet gesticulaient en combinaisons paillettées sur les "Rois Mages", "Y'a le printemps qui chante" et autres "La Musica" ... la la la, je vibrais aussi sur les voix plus atypiques et les personnalités plus troublantes de Barbara et de Sylvie Vartan.

Véro débarque donc dans cette nouvelle décennie et sur la platine de mon frangin âgé alors de 15 ans. Qui est donc cette chanteuse au vibrato si particulier et à la musique qui s'apparente plus à de la soul ?
Françoise Hardy le reconnaîtra elle-même: "L'arrivée sur la scène française de Véronique Sanson donna le coup de grâce au style yé-yé agonisant qui avait dominé les sixties. L'originalité et la qualité de ses mélodies, des textes, de la réalisation et du chant étaient telles que toutes les chanteuses françaises me paraissaient larguées, à commencer par moi."

En 1976, je vibre à mon tour sur "Vancouver" où elle chante "sur des souvenirs amers, entre vapeurs d'alcool et les cheveux qui collent au front des musiciens".

Je la perdrai un peu de vue au milieu des années 80 qui furent pour elle des années difficiles. L'alcool déjà, son divorce et son combat désespéré pour la garde de son fils.

En 1992, Véro renoue avec le succès et devient une chanteuse populaire avec un tube qui sera matraqué sur toutes les ondes radios: "Rien que de l'eau".
Bof ! Trop commercial pour le coup, trop de synthés, moins d'authenticité dans les textes et les arrangements.
En plus, elle copine avec la Robin et le Palmade que l'on retrouve dans la presse people.

En fait, c'est notamment avec son album de reprises de chansons de Michel Berger enregistré au début des années 2000 qu'elle a retrouvé une place privilégiée dans ma cédéthèque.
Laissons la parole à Véronique: "Le projet est né de l’envie de faire découvrir des chansons de Michel moins évidentes, même s’il y a des repères comme « Les princes des villes » ou « Pour me comprendre », magnifiques. La brouille avec France Gall ? Elle n’a pas supporté ce que j’ai dit, que Michel et moi communiquions par chansons interposées au fil des disques. Il m’en dédiait certaines. Elle ne l’a pas su. Je n’apprécie pas souvent les gens qui chantent Berger. France a su parfaitement véhiculer son talent, mais ce n’est qu’une interprète."
Et vlan !
Et puis, il y a aussi sa très belle double compilation remastérisée intitulée: "Les moments importants".

En 2009, Véronique Sanson continue de sillonner plus discrètement la France et même si sa voix parfois dérape, cela la rend plus attachante encore.

5.4.09

Françoise Hardy: "Dire tout"

La silhouette reste longiligne mais le regard est gris et les cheveux sont blancs.
Celle qui fut jadis la muse des couturiers avant-gardistes se complait depuis longtemps déjà dans une élégante sobriété, jusque dans sa façon de s'habiller.
Une veste, un pantalon, une écharpe.
L''important désormais est ailleurs: être plutôt que paraître.

Plus le temps passe, plus la dame accepte le poids des ans, propice à l'introspection et à la méditation.

L'occasion pour la chanteuse d'écrire ses souvenirs.
On s'en doutait, Françoise écrit très bien. Et rarement, je n'avais lu confidences aussi émouvantes.

Le livre s'intitule bizarrement: "Le désespoir des singes ... et autres bagatelles".
De bagatelles, il en est bien peu question.

Sa vie s'étire en de longues plages mélancoliques que distraient à peine des moments de joies pourtant vécues. Celle qui chante si bien les frustrations et les complexités de l'amour les aborde ici avec une lucidité toute singulière.
Elle évoque ses doutes permanents, son inaptitude au bonheur, ses inhibitions sur le plan sentimental et ses déceptions affectives.

Et pourtant ?

Françoise ne se rend-t-elle pas compte que sa vie fut bien belle et ses rencontres passionnantes ? Son aura séduira même les artistes anglo-saxons, de Bob Dylan à Mick Jagger. Et son histoire est remplie de rencontres fructueuses et gratifiantes, aussi bien artistiques que personnelles.
A 60 ans passés, elle inspire encore de jeunes artistes qui seront peut-être les Gainsbourg ou les Souchon de demain.

Il faut dire que ses chansons sont souvent sublimes. La voix est douce et les arrangements soignés. Françoise transpose son mal-être sur des mots simples mais les textes sont magnifiques, à peine audibles, murmurés comme par pudeur.

En refermant ce livre, me reviennent ces quelques vers chantés par Françoise Hardy en 2004 dans ce qui restera son plus bel album, vous savez: "Tant de belles choses".

"J'emprunte des passages, des allées
Je capte des messages, des secrets
Dans cet espace en filigrane
Verrai-je un morceau de votre âme."

Le titre s'appelle "Sur quel volcan". Il n' y a que Françoise pour interpréter des chansons aussi planantes avec des mélodies épurées, aérées, des chansons qui subliment la tristesse mais me plongent néanmoins dans un bien-être méditatif et rédempteur.

5.12.08

Souchon: frère d'âme

Nous sommes dans les années 70.
"Avec sa tignasse ébouriffée et sa voix mollasse, Souchon a l'air d'un enfant buté, un enfant triste" notent alors les journalistes.

Trente ans après, Souchon s'étonne encore de son succès et de sa longévité artistique. A l'époque déjà, il doutait. Il raconte ses débuts: " Moi, je souhaitais bousculer l’écriture des chansons, y inscrire ma patte sans renier pour autant les belles chansons : celles de Bécaud, Aznavour, Sylvie Vartan."

Souchon porte en lui la mélancolie, la langueur monotone mais aussi la pudeur. Ses chansons évoquent légèrement la fuite du temps, les déceptions, la fragilité des sentiments.

Pudeur ? Souchon n'avait jamais évoqué jusqu'ici la mort de son père, dans un accident d'auto, lorsqu'il avait 15 ans. Son premier drame, sa première révolte contre l'injustice du destin. Et puis sa maman, trop souvent absente.

Souchon sourit doucement. Il reste aujourd'hui cet homme sensible et angoissé qui épanche ses sentiments sur des chansons douces et amères, parfois désespérées comme "On s'aime pas" ou "Le Dégoût".

"C'était le dégoût, le dégoût d'quoi ? J'sais pas, mais le dégoût
Tout petit déjà, c'est fou, comme tout m' foutait le dégoût."

J'écoutais ce titre en passant mon bac. J'avais 18 ans et je n'imaginais pas qu'on puisse chanter des trucs aussi négatifs sur son enfance.

Adulte, la vie ne l'enchante guère plus.

"Tu la voyais pas comme ça ta vie
Moi aussi j'en ai rêvé des rêves. Tant pis.
Tu la voyais grande et c'est une toute petite vie."

Je connais moins son répertoire actuel.
Son dernier album s'intitule: "Ecoutez d'où ma peine vient".
La tristesse en lui ne s'effacera donc jamais ?

26.11.08

En toutes lettres

Depuis déjà deux ans, je vous parle ici d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître.

Il était une fois, il y a fort longtemps, un jeune garçon (que j'étais) qui écoutait Sylvie Vartan et Alain Souchon sur son vieux transistor grésillant. C'était les années 70 et pour moi le lycée.
Heureux ? Même pas !
Mon adolescence se résume en ces quelques vers de Michel Berger écrits pour sa muse France Gall en 1978:

"Et j'ai pleuré pour des bêtises
J'ai aimé pour moins que rien comme vous
Et j'ai voulu faire mes valises
J'en rêvais jusqu'au matin comme vous
Après c'est des souvenirs
Qui vous feraient venir
Des larmes dans les yeux."

A l'âge adulte, j'ai découvert les chansons de Barbara, Aznavour, Charles Trenet, Juliette Gréco, Gainsbourg. La poésie des mots, la magie d'une voix. Et l'amour, l'émotion, les déchirures déclinés en quelques mots.
L'heure des bilans ?
Trenet devait être bien sombre quand il fredonna:

"Je n'ai jamais su dire
Pourquoi j'étais distrait
Je n'ai pas su sourire
A tel ou tel attrait
J'étais seul sur les routes
Sans dire ni oui ni non
Mon âme s'est dissoute
Poussière était mon nom."

Toute une vie résumée en ces quelques vers.
Un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître ?

Un jeune lecteur assidu et lettré me fait l'honneur de me lire. Romain a 23 ans et a déjà écrit ici sur Trenet, Léo Ferré et Vian.
C'est en explorant la discothèque de son papa (dit-il) qu'est née sa passion pour Ferré, Vian, Gainsbourg, Trenet et les autres. Et moi, j'aime lire ses mots à travers nos échanges épistolaires.
J'aime son dernier commentaire sur mon précédent post "Evidemment France Gall".

"Je suis d'accord avec toi en ce qui concerne France Gall. Son répertoire est intéressant (et cohérent). Elle chante plutôt bien, elle-même est ravissante mais elle n'est pas selon moi, une grande interprète. Comme tu le dis, c'est lisse, ça manque de caractère. On cherche la "fêlure" qui donnerait dans l'interprétation de certains textes, ce fameux supplément d'âme ... Dans la veine Berger, j'aime tout particulièrement la chanson "Quelques mots d'amour" interprétée par Véronique Sanson. Une interprétation qui donne le frisson!"

Merci romain pour cette émotion fraternelle partagée sur la toile.

10.10.08

Evidemment France Gall

Ce qui caractérise France Gall, c'est la fraîcheur de sa voix, une voix lisse et mélodieuse, éternellement juvénile, agréable à écouter quand elle ne descend pas trop dans les aigus.

Mais hélas, cette voix sans aspérités dégage bien peu d' émotion, même quand la chanteuse aborde des thèmes éprouvants que sont l'absence et le deuil comme dans "Evidemment" en 1988.
On aurait aimé qu'elle se lâche plus, qu'elle s'abandonne à la manière déchirante et vulnérable d'une Véronique Sanson, celle qui a si bien chanté le doute et les remords.

Gageons donc que France Gall était heureuse quand elle chantait du Berger, après ses années de purgatoire.
Et c'est justement l'objet de cette double compilation (magnifiquement remastérisée) de retracer ces "années Berger" qui s'étendent de 1974 à 1988.

De Giscard à Mitterrand, du lycée à la fac, on se rend compte que toutes ces musiques chantées par France Gall furent des tubes et sont comme des repères dans ma vie, dans mes souvenirs.
Jugez-en plutôt: "La déclaration d'amour" (1974), "Musique" (1977), "Il jouait du piano debout" (1980), "Débranche" (1984), "Ella, elle l'a" (1987), tous ces tubes s'enchaînent avec une facilité déconcertante.
Il faut dire que la chanteuse était alors N° I des ventes. Elle était largement programmée sur toute la bande FM acquise à la jeunesse étudiante et urbaine, ringardisant les autres chanteuses populaires.
Dès 1980, Le Nouvel Observateur pouvait ainsi affirmer que "désormais Michel Berger et France Gall feraient plus de fric que Johnny et Sylvie".
Sic !

La compilation s'écoute agréablement, sans surprise, sur des titres efficaces et commerciaux oscillant entre douceurs sucrées ("Calypso") et rythmes plus énergiques ("Babacar").
Bon, elle s'avère un peu agaçante quand elle s'érige en pasionaria de l'engagement dans "Résiste" ou "Diego, libre dans sa tête".
Mais on a droit aussi à de bien belles (et trop rares) confessions plus personnelles comme "Si, maman si", "Le meilleur de soi-même" et le plus méconnu "Ce soir je ne dors pas". La chanteuse y livre un peu de son intimité et suscite enfin cette émotion que lisse trop souvent ailleurs son interprétation.
Ajoutez à cela le son vraiment excellent du best of. La pochette en revanche, c'est pas vraiment ça !

Allez, va donc pour France Gall, évidemment.

15.9.08

Sylvie Vartan: "Tout feu tout flamme"

Il est des témoignages qui donnent envie de reprendre sa plume et de dire combien Sylvie Vartan n'aura pas été qu'une banale chanteuse de variétés à l'époque de son esthétisme musical des années 60.

On savait Daho réceptif aux emprunts vartaniens à la musique pop.
On imaginait moins la déjantée Catherine Ringer des Rita Mitsouko afficher une réelle et tendre admiration pour la chanteuse rock que fut la blonde.

"Avez-vous aimé chanter "Drive my car" des Beatles en duo avec Sylvie Vartan chez Drucker en 2007 ?" lui demande-t-on.

"Beaucoup!" répond Catherine Ringer. " C'était très réussi. Je me suis rendu compte que quand j'étais gamine, la seule qui chantait en français des chansons géniales de rock ou de rythm'n blues, c'était Sylvie. Et elle chantait particulièrement bien ces chansons rythmées ... A l'occasion de ce duo, j'ai pris conscience que je faisais la même chose qu'elle finalement. Il y a plein de choses qu'inconsciemment j'ai empruntées à Sylvie Vartan, dans ma façon de chanter ou de prendre le rythme."

Et Catherine Ringer de reconnaître explicitement que Sylvie fait partie de ses influences musicales.
Venant d'une chanteuse qui s'est toujours distinguée par sa singularité et sa liberté dans ses choix artistiques, le compliment est de taille.
Et c'est un fait que Sylvie Vartan a revisité magnifiquement bien certains standards sixties comme "Ruby Tuesday" des Rolling Stones au Palais des Congrès de Paris.

Après avoir goûté dans les sixties à la pop et au rytm'n blues façon Motown, Sylvie est revenue dans les seventies à un style plus traditionnel et familial avec ses fameux shows télévisés pour les Carpentier.
Toutes les pouliches de la variété française s'y retrouvaient pour interpréter des duos ou des petits sketches dans un décor souvent abracadabrantesque.
Sylvie avait même droit à de véritables comédies musicales comme "Je chante pour Swanee" en 1974.

Parmi les pouliches, du haut de mes 12 ans, je guettais les apparitions de Sylvie avec plus d'excitation. Elle me ravissait plus que les autres. Sais pas, je trouvais qu'elle avait de la grâce et du caractère, une certaine beauté sauvage et indomptable.
Quand c'était elle, mon coeur palpitait plus fort. Qu'elle arbore jeans et boots américains ou minirobes élégantes, pantalons à pattes d'éph cloutés ou justaucorps moulants, je la voyais chanter et danser avec le regard ébahi du jeune pré-pubère que j'étais. "J'entrais dans les années de sophistication" avouera même la blonde.

Reste aujourd'hui de ces années cette pochette très emblématique de la Sylvie d'alors: moderne et sexy à souhait. Elle date de 1973.
Et Dieu créa la femme ?

7.4.08

Lettre à Sylvie

Du plus loin que me revienne l'ombre de mes souvenirs anciens, un air de vous Sylvie m'enchante.
Lors, j'avais 10 ans à peine et j'aimais déjà votre voix grave et troublante, vos rythmes légers et votre beauté sauvage. Vous sembliez lointaine et proche à la fois.

J'écoutais sur ma platine "Pour lui, je reviens". C'était mon premier 45 tours. Je l'avais acheté moi-même avec mes maigres économies. Il date de 1972.
Vous évoquiez l'évasion, les Etats-Unis, les travellers chèques, les jeans et les boots. Vous symbolisiez la liberté, la jeunesse, la modernité et la féminité. De quoi faire rêver le jeune gamin que j'étais, avide de voyages et d'Amérique.
En 1975, je tanguais sur votre "Drôle de fin" endiablé, balançant d'un quai de gare improbable à un hôtel espagnol.
En 1976, je chavirais sur vos bateaux qui rendaient l'âme, "pour quelques lames, pour quelques larmes". Vous saviez aussi faire preuve de gravité insoupçonnée, vous qui chantez si élégamment l'amour et ses peines.

Avec le temps, j'ai toujours du mal à m'expliquer cet élan qui "irrésistiblement, m'entraîne vers vous".
Comme l'écrivait récemment un chroniqueur, "il y a à l'évidence un phénomène Vartan". Vous entretenez cette "starisation" malgré vous avec une simplicité confondante. Vous avez ce petit quelque chose en plus, que d'autres n'ont pas.

Et c'est bien sur scène qu'il faut vous voir, là où votre talent et votre sensibilité s'expriment le mieux.
J'aime bien aussi ce commentaire lu dans la presse sur votre dernière prestation au Palais des Congrès:
"Sylvie Vartan a souhaité un concert plus épuré que les précédents. On quitte le monde des paillettes dansantes pour entendre cette voix rauque et sensuelle, gorgée de rock & roll".
C'est joliment dit. Cela doit vous faire plaisir.

Sylvie, vous avez inspiré ce blog depuis bientôt deux ans.
Je voulais qu'il se termine vous concernant sur ce rideau rouge, celui de la scène que vous arpentez depuis tant d'années, pour le plus grand bonheur de vos nombreux admirateurs.
"Si je chante", c'est pour nous. Les chemins de votre vie sont un peu les nôtres, finalement.

4.4.08

Gainsbourg: : "Dieu, fumeur de havanes"

Il est des photos qui m' inspirent.
Tel ce Gainsbourg mal rasé, éméché et fumeur invétéré.
Le noir et blanc lui sied si bien.
Gainsbourg, poète maudit ?

En 1979, le chanteur propose une version reggae de "La Marseillaise". Le refrain "Aux armes et caetera" est repris de manière lancinante par les choristes de Bob Marley. La version choque les intégristes étriqués et notamment le journaliste Michel Droit du Figaro. Cela vaudra cette réponse subtile du chanteur: "On n'a pas le con d'être aussi Droit".

C'est l'époque où Gainsbourg commence à se délecter de sa propre déchéance physique et joue de son nouveau personnage cynique et alcoolisé.
Nuançons, cependant.
Dans "Ecce Homo", Gainsbarre avoue à qui sait lire entre les mots: "Il est reggae hilare, le coeur percé de part en part".
Entre les mots, les maux ?

Autre perle gainsbourgienne de cette période reggae:

"La beauté cachée
Des laids des laids
Se voit sans
Délai délai"

Rarement chanteur aura autant fanstamé sur sa prétendue laideur.
"La sale gueule, mais on n'y peut rien".
Il fallait s'appeler Gainsbourg pour en faire un hymne rasta.

30.3.08

Sylvie Vartan: Disco Queen ?

Dans cet univers parfois un peu toc qu'était le disco, comment allait réagir Sylvie Vartan, "l'icône à la blondeur exportable" comme joliment lu sur un blog.

Je me souviens très bien de cette pochette qui date de l'été 1979. Elle accompagnait la sortie de son nouveau LP: "I don't want tne night to end".
Sylvie exhibait ses jolies jambes en veste lamée noire et or. Terriblement sexy. J'ai toujours aimé en Sylvie cet esthétisme naturel. Et son regard à la fois doux et buté de ceux qui ont du caractère.

Laissons la blonde évoquer avec lucidité cette expérience discographique:
"Ce disque était ancré dans la variété américaine du moment: pop, soul, rock, teinté de disco. Il a été timidement reçu par le public français qui s'est montré décontenancé. Aux Etats-Unis, l'album a bien démarré. Il est entré dans les charts mais pas assez haut. "I don't want the night to end" était une très bonne chanson qui, si elle n'était pas dans l'air du temps en France, l'était en Amérique. Malheureusement, je n'ai pas eu la promotion qu'il aurait fallu pour la faire vraiment décoller. Le titre a marché en Allemagne. J'aimais beaucoup cet album, ses ballades mid tempo. La leçon à en tirer était que les Français voulaient une Sylvie française, que ça ne leur plaisait pas forcément que je chante en anglais."

Perspicace.
Dès 1980, Sylvie retrouvait les faveurs du Hit-Parade avec une ballade plus authentique, au rythme slave: "Nicolas".
Entre-temps, "Disco is dead" titrait la presse américaine.
En France aussi, ce tempo festif et dansant mais superficiel et répétitif arrivait à saturation. Même Régine (que l'on avait connue plus inspirée) s'était ridiculisée en massacrant "I will survive" en version franchouillarde.

Le public recherchait de nouveau l'authenticité qui passe par la scène et non pas seulement par les sunlights impersonnels de discothèques enfumées.

"Danse danse Disco Queen
Et brûle ton dernier jean
Danse car au bout de la nuit
Ton règne est fini."

27.3.08

Génération Disco

Retour en vogue du disco ?

L'occasion serait belle de le penser avec la sortie au cinéma du nouveau film de Franck Dubosc.
A grands renforts de tubes signés Boney M ou Donna Summer, on imagine déjà toute la déferlante des produits dérivés à la télé ou ailleurs, quitte à ressortir de la naphtaline quelques kitscheries plus ou moins délirantes du style "Ring my bell".

Bon, ne boudons pas notre plaisir. Ca "boumait" pas mal en ces années giscardiennes. Papa roulait en DS, Maman avait sa R5 et moi, j'avais une "Peugeot" mais c'était un vélo pour aller au lycée.
La télé familiale était encore en noir et blanc, ce qui n'était pas top pour profiter des sunlights pailletés des variétés de tonton Guy Lux.

En France, Sheila, Claude François, Dalida et d'anciennes gloires plus ou moins vieillissantes se convertissent opportunément au rythme disco. Moins novatrice que Patrick Juvet ou Cerrone, Sheila sera cependant une des plus emblématiques ambassadrices frenchies du disco. En cet été 1978, la chanteuse part à l'assaut des charts européens avec un titre funky, à la rythmique percutante: "You light my fire". J'avais acheté ce 45 tours au visuel énergique. Il fut notamment classé en Italie où j'avais remarqué sa présence dans un magasin de disques du Val d'Aoste. A mon goût, le meilleur titre disco de Sheila, un des plus toniques et des plus rafraîchissants.

Avec le recul, mes tubes disco préférés restent le très langoureux "Dont' leave me this way" de Thelma Houston (1977) et la superbe version de "One way ticket" magnifiée par l'énergie vocale de la chanteuse du groupe Eruption (1979).
Où quand le disco louche avec bonheur vers la soul musique noire américaine.

25.2.08

Véronique Sanson: "Sans regrets"

Les Bruxellois ont vraiment bon goût. Deux jours avant Sylvie Vartan, ils applaudissaient au Cirque Royal une autre blonde fatale: Véronique Sanson.

Véronique Sanson sur scène, c'est un déchirement. S'accompagnant au piano, la chanteuse revisite son répertoire avec une énergie intense mâtinée de fragilité vibrante. On la sent écorchée. La voix trébuche parfois. Le visage est marqué, le regard furtivement douloureux.

C'est sur disque que j'apprécie mieux toute la finesse mélodique de ses si jolies chansons. La voix est émouvante, elle nous transporte dans le vibrato de ses déchirements amoureux.
Et si trop souvent de "mortelles pensées" hantent son esprit, bien vite l'espoir renaît avec l'envie de bouger, de voyager, d'aimer.
Eternelle "Amoureuse", même si "l'irréparable c'est aimer l'amour" car "tout n'est que mirage", l'heure n'est pas encore venue de "tirer sa révérence".

"On m'attend là-bas.
J'ai tant de choses à faire, j'ai tant de choses à voir
Un taxi en bas, un aéroport
Un avion s'envole dans un autre monde
Partout dans les continents ... "

Vancouver ou Bahia, je partirais bien avec elle.

23.2.08

Sylvie dans l'intimité du Cirque Royal

Encore et encore, Sylvie a droit aux honneurs de la presse bien-pensante.

"Sylvie Vartan, femme de scène" titre à son tour Le Figaro.

"Au Palais des Congrès où elle s'est produite six fois devant une salle comble, Sylvie Vartan a fait un triomphe avec un public très classe mais aussi très branché. Un show de grande tenue, des éclairages très judicieux, Sylvie se dépense sans compter, sans retenue, très à l'aise sur cette immense scène. La vraie surprise est musicale, avec des chansons formidablement réarrangées. Des cuivres omniprésents qui sonnent sans complexe. Cheveux platine et robe or, Sylvie parcourt la scène de long en large, stimulée par des musiciens et des choristes dans un registre très "Motown". La voix est impeccable, l'énergie sans faille. Vartan est une femme de scène".

Voici encore un témoignage éloquent qui rend hommage à cette artiste d'exception.
Le "Motown", c'est ce rythm'n blues à la sauce américaine que Sylvie a contribué à populariser dès la fin des années 60.

Avec ce spectacle tout à la fois tonique et dépouillé, Sylvie renoue avec l'authenticité et la "musicalité" de ses premières années.
Au Cirque Royal de Bruxelles d'où je reviens, la chanteuse a enflammé nos amis belges. Du rock, du rythme, des arrangements superbes, de l'improvisation aussi. Et naturellement de jolies ballades pour celle qui a si bien chanté l'amour et ses peines.
Sylvie, c'est le charme et l'élégance et que j' appelle moi la grâce.

J'ai eu ce bonheur indicible de l'approcher en coulisses. Sylvie est encore plus belle au naturel.
Elle s'est montrée joliment timide avec cette réserve et cette pudeur qui la caractérisent. Mais tellement disponible aux sollicitations de ses nombreux admirateurs.

Et moi, j'ai fait mienne cette discrétion que Sylvie évoque dans "Sensible":

"Sensible, sensible
Les larmes aux yeux sous cet air impassible
D'une fragilité invisible
Le coeur touché au coeur de toutes les cibles."

6.2.08

La magie Vartan au Palais des Congrès

Une fois n'est pas coutume, le quotidien Libération évoque en pleine page la blonde chanteuse à l'occasion de son grand retour au Palais des Congrès.
Ne boudons pas notre plaisir.

"Sylvie Vartan est de retour. Depuis 47 ans, le double au féminin de Johnny Hallyday rythme le paysage français au gré de chansons plus ou moins dans l'époque. Entre une Madonna du terroir et une Dalida cryogénisée, bien plus trash (!) que Vanessa Paradis sur laquelle on a aussi craché. Une égérie depuis que Pierre & Gilles, Etienne Daho ou Peter Lindbergh se sont décidés à la remettre au goût du jour, il y a une dizaine d'années. En quatre décennies, Vartan a chanté tout et son contraire, sorte d'anti-Gréco passant d'Aznavour ("La plus belle pour aller danser") à Murat via Jean-Jacques Debout, Yves Simon, Didier Barbelivien, Jay Alanski et autres Delanoë pour un florilège de chansons qui vont de "Qu'est-ce qui fait pleurer les blondes" à "L'amour c'est comme une cigarette". Goldman n'a pas écrit pour elle, mais Daho l'adule".

L'Express n'est pas en reste et titre: "Sylvie Vartan enflamme le Palais des Congrès".

"Avec une fièvre communicative, Sylvie Vartan, en tailleur blanc, bandes lamées or ou en robe bleue constellée d'étoiles, rappelle avec vitalité ses mélodies d'hier période Elvis Presley. "Locomotion" fait danser une foule en ébullition; "La plus belle pour aller danser", revu en parler-chanter, a fière allure. Les classiques de toujours (Léonard Cohen, Les Beatles) gagnent en épaisseur. La chanteuse apporte de subtiles nuances à ces standards qu'elle n'avait jamais interprétés. Sur ce répertoire charpenté, Sylvie peut laisser échapper sa veine volcanique ou lyrique quand l'heure est aux chansons de profundis: "Rupture", "La Maritza" ou "Mon père" - chanté à la demande spéciale de Johnny, présent dans la salle - où elle atteint ses sommets".

Quel joli commentaire. C'est un fait que Sylvie a "assuré" comme on dit. Au Palais des Congrès, elle a chanté de sa jolie voix grave et nuancée de la bonne musique: du rock' n'roll et des ballades. Elle était accompagnée par des musiciens exceptionnels, de grosses pointures comme le bassiste Jannick Top (un ex de la bande à Berger). Et des cuivres aussi, beaucoup de cuivres dont ce saxophoniste très inspiré. Bref, du live comme je les aime pour un concert à la fois tonique et dépouillé.

20.1.08

"Les lèvres de Sylvie Vartan"

Curieux bouquin que "Les lèvres de Sylvie Vartan" d'Erwan Chuberre que je suis en train de lire.
Le récit évoque jusqu'à la déraison la passion retrouvée de ce jeune romancier en mal d'inspiration pour l'idole de son enfance.
Pas toujours très sain, ni d'ailleurs du meilleur goût.
Mais une jolie analyse cependant de la blonde Sylvie 70' que je souhaite vous faire partager.

Nous sommes en 1975. Erwan Chuberre a 7 ans et son papa lui offre son premier 45 tours: "Danse-la, chante-la" de Sylvie Vartan.
C'est le déclic, la révélation.

"C'était un titre disco et dansant. Un texte frais, avec une musique entraînante. De mes 7 à 13 ans, il fut le disque le plus écouté, le plus vénéré. A mes yeux, c'était le top de ce qui pouvait exister en matière de musique ... Mes yeux ne brillaient qu'au son de sa voix. Ses chansons étaient tantôt mélancoliques, tantôt dansantes. Son image représentait à mes yeux l'incarnation de la beauté. La femme dans toute sa splendeur. Blonde, les cheveux longs. A 30 ans, elle était la chanteuse sexy et dénudée qui m'a tant fait rêver chez Drucker ou chez Guy Lux."

Joli témoignage.
J'ai moi-même évoqué cette période flamboyante sur mon blog.
J'ai retrouvé là une photo de 1973 où Sylvie pose avec cet air boudeur qui nous a tant fait craquer.

Les années ont passé, certes. Dans les années 80, la passion du romancier s'était un peu effritée, la mienne aussi. Chacun sa vie.
Mais on n'oublie jamais totalement les élans de son coeur, ceux de l'enfance notamment.
Il y a avec Sylvie ce lien indéfectible que je ne saurai expliquer et qui se bonifie avec l'âge.
La dame a eu un parcours artistique lumineux et un parcours personnel digne.

"Juste quelqu'un de bien", comme le dit la chanson.

6.1.08

Charles Trenet: "Nous, on rêvait"

Quand ce jeune provincial joufflu débute à Paris en 1937, il surprend très vite par la fantaisie de ses premières chansons.
Ce doux rêveur écrit des poèmes qu'il mâtine de swing et de jazz, cette musique qui déferle de l'autre rive de l'Atlantique.
Aujourd'hui encore, tout le monde connaît ses premiers succès qui datent de 1938: "Je chante", "Boum", "Y a d'la joie".

C'est l'époque où la créativité de celui qui deviendra "le fou chantant"est la plus fructueuse.
Cela donne les chansons les plus belles de son répertoire. Elles évoquent la gaieté simple, la romance sentimentale, naïve et frivole.
"La route enchantée", "Fleur bleue", "Vous êtes jolie", "J'ai ta main" et le très romanesque "Jardin du mois de mai" figurent dans une très jolie compilation inédite que j'ai ramenée du Canada en 1994.
Trenet épouse vraiment son temps: celui des premiers congés payés, de l'insouciance et de l'évasion.

Las! La guerre éclate en 1939 et met l'Europe à feu et à sang.
Pendant ces années noires, le poète continue de chanter avec la même légèreté apparente. Il fredonne notamment en 1941 "Un rien me fait chanter" où il évoque plus volontiers les oiseaux, la joie et les femmes "qu'ont les yeux bleus" que les bruits de bottes et de fusil.
Insouciance feinte, manque de conscience politique ?
Si Trenet ne fut ni un héros, ni un résistant, il ne fut pas pour autant un collabo. Il gardera toujours une attitude adaptée, refusant toute proximité avec l'Occupant allemand.
Au terme de sa vie en 1993, le vieux chanteur reviendra sur cette période douloureuse. Il écrit alors une de ses plus belles chansons qui finit dans un sanglot refoulé: "Nous, on rêvait".

"Quatre années de grisaille, quatre années vaille que vaille. Nous, on savait que la vie peut parfois être brève. Un bruit de bottes claquait, nous ne l'entendions pas. Nous, on savait, on savait et pourtant on rêvait."

Pas si frivole finalement le Trenet qui chantait également en 1943 "Douce France", cette France qu'il continuait d'aimer "dans la joie ou la douleur".

22.12.07

Françoise Hardy: "Villégiature"

Il y a chez Françoise Hardy cette élégance rare et cette exigence artistique qui traversent le temps et que l'on ne retrouve pas toujours hélas chez les autres chanteuses des années 60.

Flashback sur une carrière subtile qui a démarré en 1962.

Dès ses débuts, Françoise chante la douleur des sentiments avec une douceur infinie dans la voix et dans les mélodies.
On la dit mélancolique et parfois lointaine. Certes, Françoise ne prétend pas être une chanteuse populaire. Elle aura finalement bien peu twisté durant ces années 60. Ses ballades à la guitare évoquent plutôt la complexité des relations sentimentales. L' amour pour elle ne rime pas avec toujours et ses chansons subliment la tristesse et le doute. Jugez-en plutôt. A 23 ans à peine, Françoise interprète déjà "Il n'y a pas d'amour heureux" (1965) et "Ma jeunesse fout le camp" (1967) quand d'autres se trémoussent encore sur leurs premières surprises-parties.
Il y a de bien jolies perles dans son répertoire sixties comme les plus méconnues "Viens-là", "A quoi ça sert", "Où va la chance" que j'écoute toujours en boucle avec le non moins magique "Des ronds dans l'eau".

Françoise Hardy sera plus en retrait dans les années 70, après le sublime "Message personnel" composé pour elle par Michel Berger en 1973. C'est alors sa copine Sylvie Vartan qui cartonne à nouveau dans l'artifice de titres plus tubesques comme "Qu'est- ce qui fait pleurer les blondes" en 1976.

A l'aube des années 80, Françoise renoue avec le succès. Gabriel Yared lui compose des titres efficaces comme "Musique saoûle" (1978), "Tamalou" (1980) et "Tirez-pas sur l'ambulance" (1982) qui lui attirent un public plus jeune. Ces titres passent énormément en radio et accompagnent l'émergence de la bande FM. Mais la chanteuse ne se reconnaît pas vraiment dans ces chansons clinquantes qui ne la satisfont pas et qui lui ressemblent si peu. On retiendra cependant quelques titres plus intimistes comme le planant "Que tu m'enterres" et le plus sombre encore "Villégiature" où elle se demande "dans quelle chambre de passage vais-je lire les plus belles pages de ce poète suicidé". Je me souviens de ce titre diffusé sur un quai de gare paumé en juillet 1981. J'étais moi-même en partance en villégiature à Chamonix, l'âme plutôt morose.

Rassurée par le succès, la chanteuse retrouve l'inspiration et se remet à écrire. Elle s'entoure alors de jeunes complices capables d'élargir sa palette musicale et sort avec parcimonie de nouveaux opus élégants que l'on croit à chaque fois le dernier et qui vont de "Partir quand même" (1988) à "Tant de belles choses" (2004).

En 2007, ce n'est pas un hasard si Françoise Hardy reste la seule chanteuse contemporaine de sa génération. Elle reste une référence mythique, une sorte d' égérie pop pour les nouveaux artistes comme Etienne Daho et Benjamin Biolay. Quelle plus belle revanche pour cette femme qui a si souvent chanté dans sa jeunesse l'inaptitude au bonheur et pratiqué l'autoflagellation sans répit.

"Un mois d'été
Un mois d'azur
Je suis en villégiature
Entre l'amour, la peur et le passé"

30.11.07

Barbara: "Dis, quand reviendras-tu ?"

Je ne pouvais pas ne pas évoquer les dix ans de la mort de Barbara.
Barbara, une chanteuse à redécouvrir.

D'aucuns la trouvent déprimante à écouter. On a dit d'elle: "Ah, la dame en noir, la recluse, la mystérieuse."
"Cherchez pas de mystère, j'en ai pas" répondait comme en écho la chanteuse dans "Gueule de nuit".

Si, vous l'étiez bien un peu mystérieuse, chère Barbara. Cela faisait votre charme et votre profondeur. Mais vous ne vous interdisiez ni légèreté, ni frivolité, protégeant ainsi votre fragilité.
Vos chansons vous dévoilaient juste ce qu'il faut, pour ceux qui savaient comprendre entre les mots, les souffles, les râles.
Le "râle", comme c'est drôle, c'est aussi un oiseau ralliforme au plumage terne.
Les oiseaux, vous les avez souvent chantés, notamment cet "aigle noir" dont on ne saura jamais finalement s'il était maléfique, sorti du plus profond de votre mémoire et de votre conscience. La part d'ombre et de mystère, finalement on y revient.

Il y a dans votre oeuvre des comptines et des cantates plus douloureuses qui chantent l'absence cruelle et définitive. Ah, cette "petite cantate" obsédante que vous jouiez désormais en solo.
Je pourrais citer aussi "Göttingen" et "Nantes" qui prennent une dimension troublante quand on sait votre enfance: la guerre (vous étiez alors une petite fille juive) et l'inceste. Son enfance, on y revient toujours. La vôtre fut parfois douloureuse et offensée. Vous étiez gaie cependant, à votre manière. Vous avez chanté le pardon et la générosité.

"Et tant pis pour ceux qui s'étonnent
Et que les autres me pardonnent,
Mais les enfants ce sont les mêmes,
A Paris ou à Göttingen."

Et pourtant:

"Le mal de vivre
Qu'il faut bien vivre
Vaille que vivre".

21.11.07

Sylvie fait son Tour de Siècle

"Paris, c'est une blonde qui plaît à tout le monde".
Au laboratoire, je chantonne machinalement ce refrain de Mistinguett qui date de 1926.
Autre frivolité de la même veine artistique: "J'ai deux amours, mon pays et Paris" de Joséphine Baker qui date de 1930.
J'adore.

Médusée, une vieille collègue créole s'étonne non sans ravissement de me voir fredonner ces vieilles rengaines surannées que même Radio Nostalgie n'ose plus (hélas) diffuser.
Il faut dire que nous sommes en décembre 1999. Incrédule, elle me dit: "Mais Clément, ce n'est pas ta génération. Toi, c'est plutôt Johnny et Sylvie."

Bien vu. Le mérite en revient justement à Sylvie Vartan.
Alors que le siècle touche à sa fin, la blonde a judicieusement décidé de rendre hommage aux vieux standards populaires qui évoquent Paris et ses faubourgs. Elle choisit l' Olympia, haut lieu du music-hall parisien où elle avait débuté en 1961. L'affiche la représente confortablement lovée dans un pull-over qui ressemble à s'y méprendre à celui que je porte alors en cet hiver précoce.

Sylvie-Poulbot, Sylvie-parigot, Sylvie-populo, Sylvie-cocorico, mais aussi Sylvie gouailleuse et Sylvie zazou.
"La Vartan se donne encore en spectacle" diront ceux qui ne l'aiment pas.
Bercée aux rythmes de l'accordéon et du bal musette, la star chante le Paris de Lucienne Boyer, de Piaf et de Brassens dans une longue succession de tableaux scéniques pétillants et colorés. Elle évolue dans une robe de couleur rose, frangée de paillettes.
Formidable performance alliant fantaisie et poésie. Sylvie swingue, chante "Que reste-t-il de nos amours" de Charles Trenet mais aussi "Fleur de Paris" et "La Madelon" avec un naturel déconcertant.
Sylvie en cocardière, il fallait oser. De refrains tendres en chorégraphies festives, Sylvie est époustouflante dans ce "Tour de Siècle" inédit. Le pot-pourri finit dans un tourbillon qui vaudra à la chanteuse une standing ovation de la part d'un public d'abord surpris puis bluffé et enfin conquis.

L'occasion pour moi de faire une nouvelle pause sur ce rideau rouge de l'Olympia.
Merci de m'avoir suivi dans ce parcours initiatique et désordonné qui allait de Sylvie Vartan à Juliette Gréco, de Charles Trenet à Barbara, de Charles Aznavour à Serge Gainsbourg, de Véronique Sanson à Françoise Hardy, d'Eddy Mitchell à Georges Moustaki.
Je voulais dans ce blog rendre hommage à des artistes et à des chansons que les nouvelles générations peinent hélas à connaître car ils ne passent (pour la plupart) pratiquement plus en radio.
Merci à Sylvie Vartan d'avoir motivé ce blog né de ma passion de la chanson, au-delà de ses modes et de ses styles. La magie d'une voix, trois petites notes de musique, la poésie des mots et des sentiments. Futile mais essentiel. Et Sylvie a si bien chanté l'amour et ses peines.

A bientôt.

18.11.07

Ingrid Caven:"Heilige Nacht"

Mélange de Marlène Dietrich et de Piaf réunies, j'ai découvert cette artiste atypique en 2000 avec son opus "Chambre 1050". La dame est allemande mais chante ici en français.

C'était suite au Prix Goncourt attribué la même année à son compagnon Jean-Jacques Schuhl pour son roman intitulé justement: "Ingrid Caven". On voyait ce nom partout en librairie.
Le récit s'ouvre sur une nuit de Noël en 1943, au bord de la mer du Nord. Une petite fille âgée de 4 ans chante alors "Heilige Nacht" pour les troupes d'Adolf Hitler.

Disque bizarre pour une artiste qui ne l'est pas moins. Une figure mythique puisqu'elle fut l'égérie du réalisateur gauchiste berlinois Fassbinder dans les années 70.
Sur des musiques classiques signées John Cage, Satie, Mozart et Bach, la diva énonce étrangement sur un ton las des thèmes où la ville et la nuit, la mort et le strass se superposent. Les mots sont tantôt poétiques, tantôt crus, les situations toujours surnaturelles: un hôtel bizarre à New York, un cabaret étrange à Berlin, un cocktail très compliqué à Paris, un inventaire macabre dans une morgue d'hôpital, la drogue et les Sex Pistols. Chaque chanson a sa propre mise en scène improbable.
Un timbre de voix unique. Pour seul accompagnement, la magie de notes de piano, comment dire envoûtantes.

L'envie irrésistible pour moi de la découvrir sur scène où la dame se produit pour trois représentations exceptionnelles au Théâtre du Rond-Point sur les Champs-Elysées.
Nous sommes en janvier 2001.
Dehors, le vent est glacial. Il neige comme il pouvait neiger en ce Noël tragique de 1943.
La petite fille du roman, la chanteuse "improbable" apparaît sur la scène. Elle, strassée, vêtue de noir dans sa robe fourreau signée Yves Saint-Laurent. Rimmel et mascara. Précieuse et distante.
"Allure de mondaine décadente mâtinée de rock" écrira Marie-Aude Roux dans le Monde. Le rock, je ne vois pas trop, si ce n'est dans son esprit rebelle.
La voix rauque et soyeuse de la diva glisse alors sur les notes joliment magiques du pianiste qui l'accompagne.
L'acoustique est excellente. On se croirait à mi-chemin entre la salle Pleyel et un cabaret branché des années folles. J'adore. Elle chante dans la langue de Voltaire et dans celle de Goethe ses chansons "tragiques", ses chansons "très, très chics". Autant de scénarios distanciés sur la mélancolie foudroyante qu'elle fredonne telle une rengaine: "Lalala. Et pendant ce temps-là, moi je fais lalala. Le temps s'effacera. Tout ça s'effacera. On ne sera plus là".
Voix lasse et désabusée comme je les aime, dans la plus pure tradition du music-hall.

"Ich weiss nicht was soll es bedeuten
Dass ich so traurig bin
Ein Märchen aus uralten Zeiten
Das geht mir nicht aus dem Sinn."

10.11.07

Amalia Rodrigues: "Fado português"

On oubliera ici la "valise en carton" et autre "ginetterie" pleurnicharde saupoudrée à la sauce Carrère. Tiroli, tirola.

La chanson populaire portugaise est bien plus digne, magnifiée par cette musique mélancolique qu'est le fado. Amalia Rodrigues en est la plus authentique interprète, celle qui symbolise pour toujours l'âme du Portugal. Jugez-en plutôt: "la Piaf du cru" aura chanté plus de soixante ans, avant de s'éteindre en 1999, à l'âge de 79 ans.

"L'art d'Amalia" aura servi tous les régimes et notamment la longue dictature de Salazar. Mais lors de la révolution des Oeillets en 1974, son chant populaire deviendra un cri de ralliement pour tout un peuple libéré.

Comment en effet rester insensible à cette voix inégalée, poignante et implorante mais toujours digne.
Ecoutez ses trémolos plaintifs dans "Barco Negro" ou "Povo que lavas no rio". Le chant d'Amalia n' est que plaintes mélodieusement étouffées, là où d'autres hurleraient maladroitement leur désespoir.

On éteint la lumière. Quelques accords de guitares acoustiques. J'imagine alors la chanteuse tout de noire vêtue, figée derrière son micro. Enfin, je suppose que comme tous les chants qui parlent de "poisse", le fado se chante figé. Le visage est sévère, ses mains se crispent. Seule sa voix transcende alors tous les panels de l'émotion jusqu'au frisson assuré, la chair de poule incontrôlée. On imagine la souffrance, la douleur de vivre, l'exil, le chagrin refoulés.

Alors rien de tel que cette compilation "The Art of Amalia" pour s'initier comme moi à cette artiste capable aussi de sérénades plus entraînantes mais toujours lancinantes.

28.10.07

Histoire ancienne

Une fois n'est pas coutume, "le blog de cc" est en mesure de révéler la vraie raison de la présence de la chanteuse Sylvie Vartan auprès du président Sarkozy en Bulgarie.

En fait, il s'agit d'une passion ancienne que Sylvie dévoilait déjà pudiquement dans sa chanson autobiographique de 1980: "Nicolas" .
Elle était une jeune bulgare, lui un jeune hongrois et ils se sont aimés furtivement un soir à Sofia au lycée français où il l'attendait. Elle le chante avec émotion: "Il souriait Nicolas. Ma première larme ne fut que pour lui."
Ils étaient encore des enfants mais avaient déjà des rêves de grands. Ils voulaient conquérir Paris, elle en tant que "Dancing Star", lui en tant que "Sarko président".

Ils se retrouvèrent en effet bien des années après à Paris. Elle le raconte joliment dans une autre chanson autobiographique: "Parle-moi de ta vie" en 1971 où le petit Sarko devenu bonapartiste affichait déjà la carte d'Austerlitz et collectionnait les bustes de Napoléon.
Hélas, Sylvie avait rencontré entre-temps le fougueux Johnny au Golfe Drouot et sa correspondance avec Sarkozy resta confidentielle. Elle le supplia même: "Si tu m'écris, surtout n'adresse rien ici, envoie la lettre chez maman".
Mais la rupture fut consommée quand Sylvie confia dans son tube "Nicolas": "Notre peine valait bien celle des grands". Susceptible, le petit Nico (complexé par sa taille) le prit mal et se consola alors dans les bras de Cécilia, une autre fille venue de l'Est (par son père russe, je crois). Il l'avait rencontrée en accompagnant un jour Sylvie à "L'école des fans", chez Jacques Martin.

Dans son oecuménisme de bon aloi, Sylvie séparée de Johnny, se consola à son tour furtivement "En novembre à la Rochelle" aux journées d'étude du Parti Socialiste, au bras de son premier secrétaire: un certain François Hollande. Fallait vraiment qu'elle déprime. Elle lui parla de Sarko, il lui parla d'elle, le rêve reprenait ses ailes. Fâchée, Sylvie claqua la porte du taxi et d'un coup d'aile, revint à Paris.

"Elle", c'était la Ségolène qui l'apprit à son tour en lisant "Gala". Elle se présenta par dépit au vote des Français, avec pour tout slogan: "Les brunes comptent pas pour des prunes".
Sarko rétorqua par un autre slogan tout aussi réducteur: "Si j'étais général", emprunté au répertoire de Sylvie.

Depuis, François et Ségolène se sont quittés, Nicolas et Cécilia aussi. "Changement de cavalière", chantait déjà Sylvie Vartan de manière prémonitoire en 1975.

En attendant et plus sérieusement, c'est accompagnée de son nouveau mari Tony Scotti que la chanteuse d'origine bulgare a suivi à Sofia un Sarko bien esseulé, en récompense de son engagement précoce (mais moins médiatisé que celui de Cécilia) en faveur des infirmières bulgares injustement emprisonnées en Libye.

Ce message était juste un petit coup de plume agacé pour dénoncer sous forme de jolie saynète vartanisée la "peopolisation" grandissante de nos responsables politiques.

26.10.07

Serge Gainsbourg for ever

C'est en 1958 que débute Serge Gainsbourg sur la scène des Trois Baudets où il défend son propre répertoire.

Il chante l'alcool, les filles, l'adultère, les désillusions, mais avec l'élégance lettrée d'un poète.
Ses chansons, inspirées par l'expérience d'une jeunesse que la vie n'a pas favorisée, ont déjà un accent de mélancolie.
Le chanteur inconnu intrigue alors le journaliste Lucien Rioux qui dresse son portrait dans "France-Observateur": "Un visage très pâle que la lumière crue du projecteur rend presque blafard; des oreilles colorées comme par un jour de grand froid; un demi-sourire pincé; des mains qui se tordent et se crispent."
Gainsbourg tient son premier succès d'estime avec "Le poinçonneur des lilas".
Le succès reste cependant éphémère en tant qu'interprète. Son physique et sa voix ne passent décidément pas, ni sur scène, ni à la télévision.

Il a plus de succès en faisant chanter les autres, épousant toutes les modes musicales. Car Gainsbourg compose aussi. Ses interprètes sont essentiellement féminines. Il écrit notamment "La javanaise" en 1963 pour la sublime Juliette Gréco.
Juliette Gréco évoquera toujours "ce mélange de dérision, de cruauté et de tendresse" qui le caractérisait.
Serge Gainsbourg en avait bavé certes, mais c'était sa fierté, lui qui se plaisait à dire: "On m'a reproché d'être sombre. Mais pourquoi voulez-vous que je chante le ciel bleu, alors que je préfère les nuages."

Le succès populaire viendra bien plus tard, quand il chantera justement le ciel bleu, celui du Club Med dans son lancinant "Sea, sex and sun" alimentaire de l'été 1978, en pleine vague disco.
Gainsbourg, entre opportunisme et sophistication, n'arrêtera plus de jouer les provocateurs, remaniant avec talent "La Marseillaise" à la sauce reggae en 1979, puis échouant dans les bas-fonds de New York avec le très décadant "Love on the beat" en 1984.
Entre-temps, Gainsbourg s'était en effet créé un personnage qui ose tout, notamment dans ses divagations érotiques, avec ce sens de la formule qui fait mouche.
Il s 'était fait la main, si j'ose dire, sur France Gall, lui faisant chanter en 1966 "Les sucettes à l'anis" avec une candeur insoupçonnée. Il avait récidivé en 1969 (!) avec le sulfureux "Je t'aime ... moi non plus" en duo avec sa nouvelle muse Jane Birkin.

Fort de ce succès tardif qui ne se démentira plus, adoubé par les jeunes qui se déplacent désormais en masse à ses concerts, Gainsbourg devient Gainsbarre à force de provocations et de cynisme, entraîné dans une spirale d'autodestruction et de déchéance qui lui seront fatales. Ce sera hélas sa période la moins poétique.

J'aurai toujours une profonde tendresse pour ce Monsieur.
Aujourd'hui, il nous reste la poésie de ses mots, figés dans l'encre noire de ses écorchures, pudiques et retenus dans ses blessures les plus profondes, provoquants dans ses fantasmes les plus exhibés.

"J'avoue, j'en ai bavé, pas vous, mon amour ..."

8.10.07

Joni Mitchell: "Both sides now"

Cet album s'ouvre sur les notes très théâtrales d'un orchestre symphonique.
Une ouverture résolument fastueuse et sombrement grandiloquente avec d'abord un mélange spatialisé de cuivres menaçants, vite apaisés de cordes voluptueuses.

Une voix enfin surgit, sobrement profonde, cassée et voilée par les affres de l'âge, les effluves de l'alcool et la fumée d' une cigarette.
Une voix insituable, habitée mais lasse, altérée mais envoûtante.

Avec ce disque majestueux, magnifiquement orchestré et à l'acoustique parfaite, je découvre cette ex-chanteuse américaine de "folk-songs", revenue ici comme pour un dernier challenge, flirtant librement avec les limites d'une voix désormais fatiguée mais troublante, capable encore d'épaisseur émotionnelle et d'inflexions frissonnantes.

Loin du glacis académique et lissé d'une Diana Krall, Joni Mitchell revisite ici quelques standards du jazz, jadis immortalisés par des artistes légendaires comme Billie Holiday ou Ella Fitzgerald.
La chanteuse (ou plutôt la conteuse) nous livre à sa manière sa part d'ombre la plus secrète, à grand renfort d'arrangements somptueusement crépusculaires, habillant de nuit des chansons rendues douloureusement mélancoliques par une interprétation déchirante et désabusée, mais cependant apaisée et apaisante.

Un album sublime et inclassable donc. A la croisée du jazz et du classique.

22.9.07

Véronique Sanson: "Amoureuse"

Non, Véronique Sanson n' a jamais eu sa photo à la une de "Jours de France" ou de "Hit Magazine" dans les flamboyantes années 70.
Véro n'avait pas besoin de cette presse pour devenir l'une des grandes prêtresses de la chanson française.

Ce qui la caractérise, c'est le vibrato exceptionnel de sa voix qui transcende ses chansons dans le registre de l'émotion.
Plus les années passent, plus j'apprécie cette artiste singulière au présent douloureux.
Je retiendrai néanmoins pour ma part ses premières années où la chanteuse abusait moins du synthétiseur et de la guitare électrique.

Tout commence en 1971 avec "Amoureuse" que Véronique Sanson interprète fiévreusement derrière son piano. Une des plus belles chansons du répertoire français.

"Et l'aurore m'apporte le sommeil
Je ne veux pas qu'arrive le soleil
Quand je prends sa tête entre mes mains
Je vous jure que j'ai du chagrin"

Il y eut ensuite d'autres bien belles confessions aux titres évocateurs: "L'irréparable", "Le maudit", "Etrange comédie", Le temps est assassin" mais aussi "Ma révérence" ou "Toute une vie sans te voir".

J'avais un peu perdu de vue la chanteuse au moment de sa gloire futile du début des années 90. Son mariage médiatisé avec l'humoriste Pierre Palmade ne m'avait pas convaincu. Et pour le coup, elle pouvait faire la une de "Paris Match" et autre "Gala".
Nos chemins se sont recroisés récemment avec son sublime et angoissé hommage à Michel Berger dans: "D'un papillon à une étoile".
Jamais, la chanteuse n'avait chanté avec autant d'émotion et de vérité blessée.

"Si tu t'en vas, si tu t'en vas
Je lâche tout, j'abandonne, là
Le monde entier s'écroule sur moi
Si tu t'en vas, si tu t'en vas
Je sens la mort qui me touche, du doigt"


Toujours ses douloureuses confessions sur les tourments de la vie et sur l'absence insurmontable des êtres qui vous sont chers.

8.9.07

Quand vient la fin de l'été

Les tubes de l'été résonnent souvent comme autant de souvenirs douillets qui vagabondent à travers de douces ambiances ensoleillées et festives.

On oubliera "les vacances en famille" évoquées avec désenchantement par Michel Jonasz: "On allait au bord de la mer, avec mon père, ma soeur, ma mère".
On y suçait des glaces à l'eau, on y prenait de belles couleurs. On y regardait les autres gens, comme ils dépensaient leur argent.
Les miennes (de vacances) étaient plus azurées. D'un coup d'aile et j'arrivais sur les rivages de l'Italie. "En Italie, le ciel est bleu comme l'azzurro" chantait Régine. Je confirme. Et ces vacances étaient belles.

Retenons plutôt les vacances adolescentes, celles des premiers bals, des premières discothèques, des premiers émois, des premières égratignures aussi.
Celles qui feront dire à Souchon: "Les cheveux courts, les grandes oreilles, alors là c'est pas pareil. Sujet des caresses, serrer la princesse. Mais tu sais y a du boulot, avant qu'elle vienne au dodo".

1976, c'est mon premier camp d'ado. Sylvie Vartan chantait de sa belle voix lasse et désabusée les rivages et les ravages de l'amour: "L'amour c'est comme les bateaux. Vu d'un peu loin c'est toujours beau. Les bateaux c'est comme les sirènes. Ca ment mais on y croit quand même". Sheila paraissait plus ludique ce même été en soupirant: "On nageait dans les vagues et tes bras me serraient dans l'eau. Nos corps enlacés sur le sable, l'eau qui vient mourir à nos pieds". Toujours aussi vulgaire, Sardou voulait "faire dresser tes seins et tous les Saints". Sic.

1977, camping en Ardèche. Vélo, spéléo et canoë. On met "Le bon temps du swing" sur le juke-box du réfectoire. La guerre des boutons version ados ? Une bande rivale n'a pas l'air d'apprécier Sylvie Vartan et nous le fait savoir en caillassant nos tentes en représailles.

1978, retour dans l'Ardèche. On bivouaque dans un bled paumé avec pour tout repas (le dernier soir) une omelette partagée à huit. Bravo, la comptabilité approximative de la monitrice autogestionnaire. Puis on fait 10 kilomètres à pied pour rejoindre une discothèque en pleine nuit. Récompense suprême et inattendue; en pleine vague disco, le disc-jockey passe le derrnier titre velouté de Sylvie Vartan: "Solitude". En attendant, mes groles, elles sont foutues.

1979, premières vacances en auberge de jeunesse. Je fais de la voile sur la Côte d'Azur, mais c'est un prétexte. Je voulais retrouver Michèle qui avait déménagé à Cannes. Mais déchu et déçu, le prince charmant, je me console, émerveillé devant l'affiche géante de Sylvie Vartan placardée sur la Croisette. La blonde y apparaît sexy, en blouson doré et pailleté et en short noir pour un ultime assaut à la vague disco (toujours) déferlante. Elle chante: "I don't want the night to end" comme en écho à Eric Charden qui promet: "L'été sera chaud". Je confirme.

Les années 80 sonnèrent le glas de ces émotions adolescentes. "Rame, rameurs, ramez" chantait Souchon en juillet 1980, en plein reflux de la vague disco. Et cette évidence constatée par le même Souchon, l'été 1983 sur le temps qui passe: "On avance, on avance. C'est une évidence: on n'a pas assez d'essence pour faire la route dans l'autre sens". Déprimant.
Heureusement, comme Jeanne Mas l'été 1984, j'avais découvert d'ici-là ma "Toute première fois". A défaut de vague marine, le vague à l'âme et les mêmes gouttes salées qui déchirent l'étrange pâleur d'un secret.

24.8.07

Sylvie Vartan: Nostalgie sixties

Sylvie Vartan est arrivée dans les années 60 avec sa fraîcheur et son naturel. Elle ne s'inspirait d'aucune image mais son minois était joli et ses chansons parlaient aux adolescents qui l'adoptèrent très vite.

Ses titres oscillaient alors entre un rock assagi qu'elle dansait (maladroitement) sous différentes appellations: le twist, le surf et autre madison (non, non, le "hully-gully" ou un truc comme ça, ce n'est pas elle) et des ballades plus intimistes.

Au début, les professionnels lui reprochaient son manque de voix ou même de chanter faux. En fait, la voix de Sylvie était juste atypique et voilée. Mais ils supportaient mal de voir la première fille de la génération du rock rencontrer en France un succès grandissant auprès d'un jeune public qui leur échappait.
Juliette Gréco, pourtant elle-même peu épargnée jadis par la môme Piaf, dira à l'époque: "Mlle Vartan et moi ne faisons pas le même métier."

En 1963, lors du premier référendum de l'émission de radio sur Europe 1, "Salut les Copains", Sylvie sera classée n°1 parmi les chanteuses françaises.
En 1964, elle chante avec les Beatles à l'Olympia.
La photo ci-dessus montre une Sylvie craquante et mutine en cette année 1964 où elle enchaîne les tubes et les tournées. "La plus belle pour aller danser" et "Si je chante" sont enregistrés en Amérique à Nashville, capitale du rock, avec les choristes d'Elvis Presley. Excusez du peu.
J'aime beaucoup cette affiche légèrement froissée et chiffonnée qui ajoute une part de mystère à la blonde égérie sixties.

La suite ?
Comme l'a écrit si justement le journaliste Bertrand Dicale du Figaro, "la jeune femme blonde à la voix frêle est devenue une artiste de music-hall aux performances scéniques survitaminées avec des shows opulents et sexy."

En 2007, Sylvie nous revient avec un album nostalgique intitulé "Nouvelle Vague" où elle reprend à sa manière les standards sixties de ses copains et copines de l'époque yéyé: Johnny et Cloclo, Françoise Hardy et France Gall, mais aussi les Beatles et les Rolling Stones.
Le résultat est pour le moins surprenant et inégal. J'adhère moins. Et puis, comme je l'ai lu sur un blog, gentiment mais judicieusement écrit: "les longues boucles blondes à 62 ans, il faut oser." En fait, je ne sais pas si c'était gentil.

Allez, rien ne vaudra jamais la fraîcheur de ces années "cultes" où Sylvie excellait, celle qui restera à jamais dans mon inconscient (collectif ?) comme "la plus belle pour aller danser."
Et la seule artiste dont je possède l'Intégrale-Studio.
C'est grave, docteur ?

20.8.07

Sur la route d'Eddy Mitchell

Eddy Mitchell chantait déjà en 1974 d'une voix essouflée: "Les gens disent de moi: c'est un rocker, c'est un roller".
Be bop a lula, disons-le tout net: Eddy ne m'a jamais convaincu en rocker déhanché.
Et puis, je n'aime pas trop le rock ou alors slow le rock, très slow.

Mr Eddy est bien plus convaincant quand il fait le crooner.
Cela tombe bien. Plus les années passent, plus il a troqué sa casquette de rocker pour s'ouvrir à d'autres horizons musicaux: le blues, la country music et les belles ballades.

Et moi, c'est sa sensibilité pudique et sa tendresse bourrue qui me touchent. Sous son air débonnaire et détaché, le chanteur fait preuve d'une grande lucidité pour dénoncer les travers de ses contemporains.

"J'ai pas confiance en l'être humain
Une cour d'école, à la récré, entre gamins
On jouait aux tuniques bleues qui exterminent les Indiens ...
Si le mal triomphe plus facilement que le bien
Y a toujours des tuniques bleues qui exterminent des Indiens."
Ses chansons sont autant de cartes postales d'une Amérique démythifiée et démystifiée. Chacun de ses textes est comme un court-métrage très narratif.
"Sur la route de Memphis", "Rio grande", "Un portrait de Norman Rockwell", "Sur la route 66" frisent la perfection, tout en noirceur diffuse. Et les mélodies signées Papadiamandis sont de toute beauté.

J'ai eu l'occasion de le voir sur scène à l'Olympia en 2003 pour son "Frenchy Tour".
J'avais mon pote Yann à côté de moi au premier rang.
Et j'avais l'impression d'avoir un second pote sur scène, un vieux pote qui me racontait le blues entre deux rocks plus raffraîchissants car il est comme cela Mr Eddy: il aime faire plaisir à son public fidèle qui le suit depuis les sixties.

7.8.07

Regard sur Moustaki

"Il existe encore des poètes" constatait rassuré Georges Brassens en 1954.

Le poète en question tout juste débarqué d'Alexandrie en Egypte écrivait déjà des chansons et grattait à la guitare.
Issu d'une famille grecque, il avait appris le français à l'école et s'intéressa très vite à la littérature et à la poésie française. Il fredonnait même le répertoire de Trenet et de Piaf.
Brassens encore voyait loin quand il prédisait: "Il a choisi les chemins escarpés mais il aura sa récompense". Bien vu. Le poète croisera Edith Piaf qui en fera son amant et son auteur fétiche. "Milord" sera un des plus gros succès commerciaux de la môme.
Avec nonchalance, Moustaki continuera de composer, d'écrire, de se laisser vivre, protégé par la notoriété de ses illustres interprètes: Montand, Gréco puis Reggiani et Barbara. Excusez du peu.

Son premier succès populaire, il le rencontre en 1969 avec "Le Métèque".
Le journal "Rock & Folk" ironisera même à l'époque en constatant ravi: ""Le Métèque" a vendu autant qu'une des chansons poujadistes de Mlle Sheila."
J'avais déjà évoqué cet album en octobre 2006. Il comporte de nombreuses perles comme "Il est trop tard", "Ma solitude", "Joseph" et même "Gaspard" où Moustaki met en musique un poème désabusé de Verlaine.
Cet album résume à lui seul les thèmes chers à Moustaki: la tristesse, l'ennui et la solitude mais aussi l'espérance, la persévérance et le partage, les voyages et la liberté, la générosité en prime.

Et moi, je me retrouve dans ses humeurs.
Qui mieux que lui peut chanter la nostalgie avec sa voix traînante et paresseuse.

"Pour avoir si souvent dormi
Avec ma solitude
Je m'en suis fait presque une amie
Une douce habitude"

C'est joliment tendre.

24.7.07

Barbara: "Femme piano"




Quand j'étais petit, Barbara me fascinait. Elle était mystérieuse et sa voix étrange racontait des histoires bizarres, surnaturelles ou féeriques comme autant de Contes de Perrault maléfiques.
Enfin, c'est l'impression qu'elle me faisait à l'époque.

Déjà en 1970, son "Aigle noir" que l'on aurait pu croire belliqueux, "semblant crever le ciel et venant de nulle part" ... de son bec avait touché sa joue, dans sa main avait glissé son cou. Surgissant du passé, il lui était revenu comme avant, dans ses rêves d'enfant ...
Une colombe, j'aurais compris. Mais un aigle noir.
Barbara était-elle à ce point tourmentée ?

Puis en 1973, la chanteuse récidiva dans la noirceur fantastique avec son majestueux "Marienbad".
J'imaginais alors un château hanté et sinistre, perdu dans la brume.

"C'était un grand château, au parc lourd et sombre,
Tout propice aux esprits qui habitent les ombres,
Et les sorciers, je crois, y battaient leur sabbat,
Quels curieux sacrifices, en ces temps-là ..."

Je guettais ses rares apparitions à la télévision. Elle m'était enfin apparue un soir avec sa longue silhouette noire, le visage anguleux. Je la trouvai belle à sa manière mais le mystère restait entier.

Barbara conteuse ? Certes, mais beaucoup de ses chansons ramènent à son propre vécu, à ses propres tourments. De confidences intimes ("Nantes") à de plus légers vagabondages ("Au bois de Saint-Amand"), Barbara joue de l'émotion avec les intonations et les modulations d'une voix atypique, souvent au bord du souffle.
Ecoutez "Pierre" où la voix alanguie et pesante de la chanteuse s'essouffle dans le vibrato d'un saxophone. Flippant.

Tous ces titres et les autres figurent dans cette superbe compilation (2 CD) remastérisée, intitulée "Femme piano", déjà évoquée en août 2006.

Avec toujours en leitmotiv son enfance. Quand les souvenirs se font douleur.

"Il ne faut jamais revenir
Au temps passé des souvenirs
Du temps béni de son enfance
Car parmi tous les souvenirs
Ceux de l'enfance sont les pires
Ceux de l'enfance nous déchirent."

L'absence évoquée d'une mère qui dort désormais au chaud de la terre.
Tragique.

10.7.07

Boris Vian: l'illustre amateur

Nouvelle "pige" de romain, la nouvelle plume littéraire de ce blog. Après avoir évoqué plus bas Léo Ferré, il nous parle ici de Boris Vian.
Heureux lecteurs que nous sommes !

"Dans quel domaine ce génie farceur fut-il un professionnel ? Dans quel secteur fut-il un amateur ? Amateur dans son sens plein veut dire "aimer". Eh bien oui, Boris Vian aima, semble-t-il, tous les moyens d'expression. Ingénieur de formation, il préféra exercer ses talents dans la littérature, le théâtre, le jazz et la chanson plutôt que dans l'industrie.

La légende raconte qu'il est mort d'une crise cardiaque, alors qu'il n'avait que 38 ans, après avoir vu un "nanar" tiré de son roman: "J'irai cracher sur vos tombes". Ce roman est en fait une parodie de "Light in August" (lumière d'août) de William Faulkner.

Trop anticonformiste, les gens du music hall, du théâtre ou de la littérature ne parvenaient pas à le situer, donc ils s'en méfiaient. Difficile en effet de comprendre un individu aussi multiforme ...
Anti-snob, il précédait la pensée des snobs. Les snobs le croyaient snob donc l'admiraient ... par snobisme évidemment !

Entre autres activités, Vian était aussi journaliste-chroniqueur. Avec le romancier Yves Gibeau, il fut critique de jazz dans le journal Combat et avec Jean-Paul Sartre, il signait "la chronique du menteur" dans la revue "Les temps modernes". C'est dans celle-ci qu'il publia "L'Ecume des jours", ce roman féerique, tendre, cruel et burlesque, où figure un personnage nommé ... Jean-Sol Partre. Ses livres, paraît-il, désespéraient le philosophe sans que cela n'eût jamais la moindre conséquence sur leur amitié.

On doit surtout à Vian un grand nombre de chansons iconoclastes parmi lesquelles: "On n'est pas là pour se faire engueuler", "La complainte du progrès", "Ah, si j'avais 1F 50", "Fais-moi mal Johnny", "J'suis snob", sans oublier "Le déserteur" en pleine guerre d'Algérie où il interpelle le premier personnage de l'Etat.

Mais il y a aussi chez Boris Vian un côté tendre et poétique qui transparaît dans l'écriture de certaines de ses chansons comme: "Moi mon Paris", "A tous les enfants" ou encore (et c'est l'une de mes préférées): "La rue Watt", si chère à Léo Malet:

"Une rue bordée d'colonnes
Où y a jamais personne
Y a simplement en l'air
Des voies de chemin de fer
Des chats décolorés

Filent en prise directe
Sans jamais s'arrêter
Parce qu'il n'y pleut jamais
Le jour c'est moins joli
Alors, on va la nuit
Pour traîner ses savates
Y a des rues dont on cause
Qu'ont pourtant pas grand-chose
Des rues sans caractère
Juste un peu putassières
Mais au bout de Paris
Près de la gare d'Austerlitz
Vierge, vague et morose
La rue Watt se repose ..."

C'est plus anecdotique, mais n'oublions pas quand même qu'on doit à Boris Vian, avec la complicité de son ami Salvador, les premiers enregistrements de rock en France vers 1955. Rock et humour mélangés, le résultat est savoureux.

Je suis heureux de constater que, quelque 50 ans plus tard, loin d'être oubliées, ses chansons s'inscrivent doucement dans la mémoire collective."

romain

4.7.07

Sylvie Vartan: "Back to L.A."

Sylvie Vartan a le bon goût de nous offrir en 1996 cet album superbe et intelligent que j'évoquais ci-dessous.

La pochette est d'une rare et sobre élégance.
Sylvie est à l'âge de la maturité. Elle pose sans artifices. Le temps semble figé sur le velours de sa chemise blanche et dans son regard noir velouté. L'ondoyante chevelure dorée enfin sagement sacrifiée confère au visage une douceur apaisante.

"Des provinces et des faubourgs on dit que des hommes rêvent de moi."

Ses chansons sont alors mâtinées de nostalgie, de romantisme et de douceur.
Elle évoque aussi des thèmes qui lui sont chers comme l'adoption.
Cela commence par quelques notes de piano:

"Les enfants dans leur lit rêvent de devenir grands
Et les grands dans leur vie ont des rêves d'enfant...
Dans son urgence, quelqu'un m'attend
Dans ses désirs, comme un enfant."

La mélodie est signée Sylvie Vartan.

Du rythme quand même dans cet opus avec le tonique "Back to L.A." écrit et composé par le très littéraire Yves Simon, merveilleusement bonifié par la voix rauque de Sylvie et les riffs efficaces d'une guitare sèche.

L'opus le plus abouti et le plus personnel de la blonde.
Attention: chef d'oeuvre !

29.6.07

Sylvie Vartan: "Toutes les femmes ont un secret"

Sylvie Vartan, chanteuse "rive gauche" ? Non pas.

Mais en 1996, elle réussit cependant l'exploit de motiver quelques auteurs-compositeurs parmi les plus référencés: Jean-Louis Murat, Yves Simon, Richard Cocciante, Luc Plamondon et même un jeune belge Marc Morgan à la veine pop prometteuse.
Loin de l'univers un peu glacé de Sylvie, on n'aurait jamais espéré imaginer un jour qu'ils puissent écrire pour la blonde idole sur le retour.

Le résultat est à la hauteur du défi. L'album "Toutes les femmes ont un secret" est considéré par la presse comme le plus abouti de sa carrière. L'album de la maturité, de la sagesse aussi. La chanteuse, débarrassée de ses oripeaux strassés, apparaît dans sa vérité la plus pure. Les chansons sont à l'image de la pochette, sobres et dépouillées, d'une élégante humanité.
Yves Simon, Richard Cocciante et les autres (excepté peut-être Plamondon) ont eu le talent d'éviter le superflu qui caractérisait parfois certaines chansons de Sylvie.
Ici, les mots ont leur sens et prennent souvent le pas sur les mélodies.

"Des mots d'amour, des mots tout courts, des mots VO à fleur de peau, des mots tendres jolis à entendre".

D'où une démarche que d'aucuns jugeront un peu intellectuelle, plus proche de Saint-Germain des Prés que des sunlights de L.A. et à laquelle Sylvie nous avait peu habitués.
Plusieurs chansons apportent cependant une respiration musicale plus mélodique comme l'excellent "Ne quittez pas" de Marc Morgan et le très tubesque "Back to L.A." d'Yves Simon qui ouvre l'album.
Les arrangements délicats de Philippe Delettrez apportent une harmonie et une cohérence artistique qui habillent joliment cet opus d'exception.

Le journaliste Emmanuel Bonini décrit à sa manière son engouement pour l'album: "Une explosion de notes bleues qui battent le coeur, comme une vague la roche, et de mots nouveaux qui s'y déposent et s'y ancrent, avec la certitude d'avoir réinventé l'émotion".

Le public ne s'y trompe pas non plus. Avec pas loin de 100 000 albums vendus, Sylvie réussit là un joli exploit et le single "Je n'aime encore que toi" aura la faveur de certains programmateurs radios jusqu'ici plus frileux.

Hélas, Sylvie ne persévéra pas suffisamment dans cette veine artistique plus délicate. Son album de 2004 sera à l'opposé, clinquant et superficiel dans sa conception artistique.

Dommage, vraiment dommage.

26.6.07

Léo Ferré: "La chanson du Mal-Aimé"

Pour la reprise de ce blog, quel beau cadeau que la contribution si valorisante de mon jeune ami romain qui souhaitait y voir évoquer Léo Ferré. Je reste toujours émerveillé par la qualité de l'écriture de romain et par son érudition littéraire. Jugez-en plutôt:

"Je voudrais vous présenter un CD méconnu de Léo Ferré: "La chanson du Mal-Aimé", d'après l'oeuvre de Guillaume Apollinaire. "La chanson du Mal-Aimé" est l'évocation des amours contrariées du poète avec une jeune anglaise: Anne Playden.

Ce titre générique renferme 7 poèmes dont l'épigraphe place l'ensemble sous le signe du phénix. Cet oiseau légendaire qui renaît de ses cendres, sert ici de symbole aux amours perdues puis retrouvées par la grâce de l'écriture. L'ensemble de ces poèmes dessine un parcours qui commence par l'expression lyrique du désespoir pour évoluer progressivement dans une forme d'onirisme à la limite du surréalisme, avant de s'achever par la renaissance du poète "phénix".

Pour la petite histoire, on doit le néologisme "mal-aimé" à Guillaume Apollinaire qui l'employa par opposition à l'expression "bien-aimé" car, au tournant du 20ème siècle, celle-ci faisait florès dans la littérature "à l'eau de rose". Il y avait là sans doute, comme un clin d'oeil malicieux du poète qui entendait exprimer avec humour son profond dépit. La longue métaphore de ces 7 poèmes relève de l'hyperbole. Cette démarche stylistique est poussée ici jusqu'à son paroxysme afin de traduire dans l'impossibilité de l'amour partagé, toute la violence de la passion amoureuse.

Pour magnifier ces poèmes, Léo Ferré composa une musique symphonique avec choeurs qu'il dirigea lui-même. Cette version chantée et parlée apporte selon moi, de par toutes les nuances d'une interprétation que d'aucuns trouveront peut-être théâtrale, une aide à la compréhension de cette oeuvre que le symbolisme rend parfois hermétique.

Le leitmotiv:

"Voie lactée ô soeur lumineuse
Des blancs ruisseaux de Chanaan
Et des corps blancs des amoureuses
Nageurs morts suivrons-nous d'ahan
Ton cours vers d'autres nébuleuses."

nous plonge dans l'absoluité de l'amour. La voie lactée symbolise ici cet instant d'éternité, voulu, rêvé, mais hélas inaccessible. Reste alors l'écriture, comme une forme de sublimation qui nous renvoie au phénix dans la renaissance du poète:

"Moi qui sais des lais pour les reines
Les complaintes de mes années
Des hymnes d'esclaves aux murènes
La romance du Mal-aimé
Et des chansons pour les sirènes."

Ce disque occupe une place toute particulière dans l'oeuvre de Léo Ferré. Cette création date de 1954 et fit l'objet d'un réenregistrement en 1972. La composition musicale aux accents néo-impressionnistes (ravéliens ?) accompagne magnifiquement dans une forme d'exaltation contenue, le lyrisme insufflé dans l'écriture de Guillaume Apollinaire.

S'il me fallait conclure par une formule un peu lapidaire, je dirais: attention, chef d'oeuvre!"

romain

22.3.07

Ella Fitzgerald: The Best of the Song Books

C'est de passage à New-York en 1994 que j'ai déniché ce best-of de celle qui allait devenir depuis ma principale référence musicale.
A l'époque, j'étais encore novice mais j'avais été séduit par le graphisme de cette pochette.

Cet opus propose les meilleurs enregistrements d'Ella Fitzgerald entre 1956 et 1964, à l'époque des somptueux Song Books déjà évoqués plus bas (en janvier 2007).
Le jazz classique m'avait toujours semblé rébarbatif, par absence de ligne mélodique.
Rien de tel ici. Ce qui caractérise l'écoute de cet opus, c'est la douce harmonie des mélodies interprétées par une Ella Fitzgerald alors au sommet de sa maîtrise vocale.

Ecoutez ce morceau joliment intimiste comme "Love for Sale" de Cole Porter où Ella impose la douceur de son timbre de voix frais et juvénile.
Vibrez sur "I got it bad" de Duke Ellington où la souplesse de ses inflexions rythmiques rivalise de complicité avec le solo instrumental d'un saxophoniste très inspiré.
On pourrait citer également la fluidité apaisante de l'interprétation de "Midnight Sun" de Johnny Mercer.
Tout au long de ces reprises, son art de la diction est impeccable. Et toujours cette exceptionnelle tessiture chaleureuse qui procure ce bien-être inégalé.
L'opus se termine sur cette mélodieuse et lancinante ballade: "Every time we say good bye".

"Every time we say good bye, I die a little".

Ce CD encore disponible chez tous les bons disquaires est vraiment à conseiller à tous ceux qui voudraient s'initier à celle qui restera à jamais "the first Lady of Song".

15.3.07

Génération Vinyl 80

Au début des années 80, je n'achetais plus de "45 tours". J'étais alors en fac de sciences et j'écoutais la musique sous forme de cassettes audios, vous savez ce petit support bizarre dans lequel défilait une fragile bande magnétique, enfin quand elle ne se coinçait pas.
J'avais en "K7" audio tous les albums récents de Sylvie Vartan (on ne se refait pas), de Jean-Patrick Capdevielle et de Rod Stewart.
Une affiche géante de Capdevielle était même placardée dans ma chambre d'étudiant, moi qui n'avais jamais punaisé (!) personne, pas même le moindre poster de "la Vartan". Ou alors, il y avait prescription.
Capdevielle, j'aimais sa voix éraillée et le personnage dandy, rocker, intello.
Hélas, je ne sais plus où sont toutes ces cassettes aujourd'hui.

Puis vint l'époque du Top 50 triomphant (1984-1989) qui classait les meilleures ventes de "singles". Vanessa Paradis et les autres y firent leurs premières armes.
L'occasion pour moi de renouer provisoirement avec la "vinylmania" des disques 45 tours.

"Ella, elle l'a" est peut-être le dernier vinyl que j'ai acheté. Il date de 1987 et était interprété par France Gall, la chanteuse en vogue de cette décennie. J'adorais ce tube efficace que je pouvais écouter indéfiniment en boucle sur ma platine fatiguée, au grand dam de ma voisine excédée.

Depuis les années 90, je n'écoute plus la musique qu'en support CD numérique. Je teste, je découvre, j'élimine beaucoup, sensible avant tout à la chaleur d'une voix, à la magie d'une mélodie , à tout ce qui dégage une douce et intemporelle mélancolie. On est bien loin désormais de mes années ... vinyl.

"Ella, elle l'a,
Quelque chose dans la voix qui paraît nous dire viens,
Qui nous fait sentir étrangement bien".

Tout est dit.

10.3.07

Génération Vinyl 70

Je n'ai pas gardé mes "45 tours", ceux de Sheila et des autres. Ou alors, ils sont dans ma cave. De toute façon, je n'ai plus d'électrophone.
En 1975, comme tous les adolescents, je consacrais une part non négligeable de mon maigre pécule à acheter des disques 45 tours (l'ancêtre des CD deux titres) qui "grésillaient" joliment sur ma platine.
Acheter un album 33 tours était pour moi inaccessible.

A l'époque, les 45 tours se vendaient comme des petits pains. Les ventes étaient influencées par la programmation des transistors, celle en particulier du désormais mythique "Hit-Parade RTL" présenté par André Torrent.
Chemises à jabot ou pantalons à pattes d'éléphant, costumes bariolés et décors kitsch, la variété française 70 était populaire et clinquante et avait ses têtes d'affiche: Claude François et Sheila notamment, "matraqués" sur toutes les ondes. On les voyait souvent chez Guy Lux à la télévision.

Aujourd'hui, en redécouvrant ces pochettes, celle ci-dessous de Sylvie Vartan avec "Danse-la, chante-la", celle ici de Sheila avec "Quel tempérament de feu" (qui date du même Noël 1975), je replonge avec nostalgie dans mes années "collégien".
De 1974 à 1976, Sheila avait quelques beaux titres entraînants et faciles, tous tubesques, que j'aimais bien: "Tu es le soleil", "C'est le coeur", "Quel tempérament de feu" ou "Prince en exil".

Exceptée cependant Sylvie Vartan et son élégante Intégrale-Studio évoquée plus bas, cette "variété" seventies est absente de ma cédéthèque.
Ce message est donc juste un clin d'oeil attendri au "vinylmaniaque" que j'étais.

Depuis, je préfère revisiter le patrimoine de la chanson, celui du music-hall et de ses poètes. La magie d'une voix, trois petites notes de musique, des mots légers ou désespérés, cela passe par Trenet, Gréco, Barbara. Et Sylvie Vartan, celle qui chante si bien la nostalgie tout comme les élans du coeur.

La chanson ou la chansonnette, cet art soit-disant mineur, n'est pas une denrée périssable. Elle est une compagnie, des moments de la vie qu'elle borne à jamais.

28.2.07

Sylvie Vartan: "Danse-la, chante-la"

La blonde Sylvie Vartan me fascinait dans les seventies flamboyantes. J'étais ado et je portais à la femme et à la chanteuse un regard admiratif.

Qui n'a pu résister au charme et à la séduction de Sylvie ? Emmanuel Bonini rapporte cette anecdote croustillante dans sa biographie consacrée à la chanteuse: "En tenant Sylvie Vartan à moitié dénudée dans ses bras pour un show télévisé, Sardou eut toutes les peines du monde à cacher sa virilité apparente".

Comment expliquer cet engouement, cette fougue ?
Comme l'écrit encore Bonini, "sa voix était rauque et éraillée, sa gestuelle singulière composée de trois fois rien".
Sylvie, elle-même, était consciente de ses limites: "On a dit que je ne savais pas danser. Je n'ai pas la prétention d'être la première danseuse de l' Opéra. Sur le plan vocal, c'est la même chose. J'ai appris mon métier sur le tas, c'est-à-dire sur scène".
Modeste cependant car Sylvie n'avait rien d'une chanteuse désincarnée. La voix est bien là, charnelle et charmante. Ses chorégraphies scéniques sont grandioses et fascinantes, fruit d'un travail acharné qui l'honore. Sa gestuelle a gagné en classe et en élégance.

Hypersophistiqués aussi, le look et le maquillage excessivement fardé de la blonde. Elle inspire alors les transformistes des cabarets branchés parisiens.

C'est l'époque où Sylvie renoue avec les disques d'or. La Vartan triomphe successivement avec des tubes comme "La drôle de fin", "Danse-la, chante-la" et "Qu'est-ce qui fait pleurer les blondes" en 1975 et 1976.
Elle truste alors les meilleures places du Hit-Parade, en concurrence directe avec la pétillante Sheila qui triomphe elle aussi avec "Quel tempérament de feu".
Ces titres sont légers, colorés, insouciants à l'image de ce que l'on souhaiterait que soit la vie.

Et Sylvie symbolisait à merveille "le luxe visuel" comme l'écrivait judicieusement le critique Norbert Lemaire dans Le Monde daté de novembre 1975.

19.2.07

Natacha Atlas: "Gedida"

"Un homme des sables, des plaines sans arbres, s'en va de son pays".

Certes, comment le nier, ma connaissance de la musique orientale s'était longtemps limitée à cet excellent tube de Dalida, "Salma Ya Salama" interprété en 1977 du temps de sa splendeur.
Puis, lors d'un voyage initiatique en Egypte en 1979, s'était confirmé l'attrait pour ces rythmes aux élancements lancinants.

C'est en écoutant Radio FIP en 1999 sur ma vieille Peugeot 205 que j'ai découvert, séduit, la nouvelle version inédite et alternative d'un vieux standard de Françoise Hardy "Mon amie la rose". Cette courte chanson triste et délicate, joliment fragile quand interprétée par Françoise devenait ici une longue et interminable complainte au tempo arabisant sous les trémolos poignants, lancinants et gémissants d'une interprète à priori très inspirée.

Intrigué, je fis mon enquête et découvris que la chanteuse s'appellait Natacha Atlas. Elle est en fait d'origine égyptienne tout en vivant à Londres après une enfance passée à Bruxelles. Cosmopolitisme de bon aloi qui se retrouve dans le métissage de sa musique.

Son album s'intitule "Gedida". Il est génial. Il est interprété essentiellement en arabe. Exceptée cette version magistrale en français de "Mon amie la rose" qui ouvre l'opus. Excepté aussi un titre en anglais "One brief moment" que j'aurais préféré en arabe tant la langue de Shakespeare cadre mal avec ces rythmes ondulatoires.
Influencée par différentes cultures, sa musique mêle donc harmonieusement la "dance music" et le style traditionnel oriental. Mélange de rythmes électroniques et de somptueuses cordes égyptiennes, de son techno et de sonorités raï, cet opus est une passerelle aboutie entre l'Orient et l'Occident. La voix est sublime et ses lamentations plaintives donnent même le frisson tant cet album est mâtiné de "shaabi", ce fameux blues oriental que Natacha manie avec une dextérité troublante.
De la bonne "variété orientale" diront les blasés. Pour moi, un album devenu référence.

"A l'aurore, je suis née
Je me suis épanouie heureuse et amoureuse
Aux rayons du soleil
Tu m'admirais hier

Je serai poussière demain
On est bien peu de chose
Et mon amie la rose est morte ce matin".

11.2.07

Jimmy Somerville: Best of (1984-1990)

Jimmy Somerville sur ce blog , est-ce bien raisonnable ?

Et pourtant, j'ai toujours été séduit par cette voix haut perchée, un peu hors du commun, une voix d'éternel adolescent qui crie sa douleur sur de la musique dansante.

C'est en 1985 que je découvre ce jeune chanteur écossais qui explose au Top 50 avec le groupe Bronski Beat. Je suis alors en fac de sciences et la mode est à la pop synthétique et légère.
Et pourtant, son interprétation tragique de "Smalltown boy" et de "Why" me donnent littéralement "la chair de poule" comme une indomptable douleur sous les sunlights artificiels des boîtes à danser. Il est le seul artiste dont la voix peut me faire "flipper" sur de la musique artificielle.

Il fonde ensuite les Communards et reprend avec plus ou moins d'inspiration des standards disco comme "You are my world" (qu'il s'approprie de manière magistrale) et "Don't leave me this way" (qui ne vaudra pas en revanche la version lancinante et transcendante de Thelma Houston en 1977.

En réécoutant ce best of acheté en 1990 (mon premier CD, je crois bien), un peu oublié depuis, on pourrait s'attendre à un décalage. Voyons, j'ai décroché de cette musique post-adolescente depuis bien longtemps. Et bien non, cette compilation est digne et homogène. Elle reprend tous les standards et remix de ce jeune chanteur atypique: "Ain't necessarily so", "To love somebody", "Run from love", "So cold the night", "Tomorrow" et "Read my lips". Tous ces rythmes tiennent joliment la distance, ici ou là subtilement enrobés de sensualité mélancolique.
Car la voix est là, magique et mélodieuse. Et la rage parfois est sous-jacente quand il interprète certains titres d'homme blessé qui revendique sa différence.

Le seul album de "dance music" encore niché dans ma CDthèque aujourd'hui. C'est pour dire, tant j'ai décroché de ce style musical.
Seuls quelques artistes "vocaux" transcendent de temps en temps ce style aseptisé comme actuellement le très original Robbie Williams avec son décapant "Tripping".

7.2.07

L'Intégrale de Sylvie: parcours initiatique

Dans le joli livret qui accompagne l'Intégrale Studio (évoqué ci-dessous), Sylvie analyse elle-même l'intensité du chemin parcouru durant trois décennies: "La naïveté et la candeur des années 60, la folie des années 70, la maturité des années 80".
C'est un fait que chacune de ses multiples chansons, près de 500, reflète une époque, une ambiance précise.

On retient aujourd'hui le style plus traditionnel de Sylvie avec des chansons cultes comme "La Maritza", "Qu'est-ce qui fait pleurer les blondes" ou "Nicolas".

Il est dommage d'oublier qu'au début de ses glorieuses années 60, Sylvie était plutôt cataloguée comme une chanteuse "rock", une "Johnny en jupon" qui excellait dans les reprises de standards américains.
Ses adaptations de "What I'd say" de Ray Charles, de "Baby it's you" ou de "Say Mama" ("Il revient") n'avaient rien à envier à celles des Chats Sauvages ou des Chaussettes Noires.
A la fin des sixties, ses musiciens et compositeurs s'appellent Micky Jones et Tommy Brown. Ils lui font prendre un virage pop. Sylvie alterne alors ce style musical avant-gardiste avec un style plus classique et c'est ce dernier style plus commercial et populaire qui semble susciter l'adhésion du public.
Dommage. Sylvie n'exploitera pas davantage cette veine "pop" qui n'a pas obtenu le succès mérité. Et pourtant, de "Garde-moi dans ta poche" (1967) à "Annabel" (1971) en passant par "C'est un jour à rester couché" (1969), que de pépites insoupçonnées interprétées par une Sylvie très inspirée. Il suffit de lire le très bel article incrédule des "Inrocks" à la sortie de son double best-of de 2004 (publié en partie sur ce blog en juillet 2006) pour s'en persuader.

Sylvie tâtera avec succès différents styles musicaux dans les seventies: de la country avec "Toi le garçon" (1973) et "Petit rainbow" (1977), le jazz et le swing avec "Je chante pour Swanee" (1974) et "Le temps du swing" (1977), le tango avec son désormais mythique "Drôle de fin" (1975) et même du disco avec "I don't want the night to end" (1979).

Les années 80 seront musicalement plus classiques et Sylvie privilégie alors la scène avec des shows gigantesques qu'elle présente au Palais des Congrès et au Palais des Sports de Paris, de longs mois durant.
On retiendra quelques ballades plus méconnues comme "Jours après jours", "Toute une vie passe", "Orient Express" qu'elle interprète de sa jolie voix lasse et désabusée.
L'âge de la maturité avant de refaire sa vie aux Etats-Unis avec un producteur américain.
La collaboration avec la firme RCA s'achève en 1986. La chanteuse aura vendu plus de 20 millions de disques à travers le monde, le Japon et l'Italie notamment.

La photo ci-dessus date de la période "pop" de Sylvie. Elle formait alors avec Johnny le couple mythique des sixties, celui auquel s'identifiaient beaucoup de teenagers de l'époque, épris de liberté et d'émancipation.
On parlera pour la première fois d'"idoles" pour définir cette génération de chanteurs et de chanteuses qui avaient l'âge de leur public.

3.2.07

Sylvie Vartan: Intégrale Studio (1961-1986)

C'est par une épuisante journée de décembre 1995 que je me suis procuré cette "Intégrale Studio" au Virgin Megastore du Louvre. Paris était paralysée depuis trois semaines par des grèves interminables et je devais m'envoler le soir même pour Berlin à l'occasion d'un tournoi aquatique. Ni bus, ni métro, c'est à pied que je traversai tout Paris, jurant mais un peu tard de me remettre au vélo.

Cette Intégrale RCA, tout vartanophile averti la désirait sans oser l'espérer.
L'occasion de revisiter des tubes qui avaient enchanté mon enfance puis mon adolescence et de redécouvrir des perles plus méconnues du répertoire vartanien.

En 1961, Sylvie débute timidement. La frimousse est charmante, la voix est légèrement voilée, encore mal assurée. Très vite, les années 60 apparaissent empreintes d'un enthousiasme et d'une saveur authentiques. Sylvie adapte de nombreux rocks américains mais interprète aussi ses propres ballades, romantiques et mélancoliques. Ce qui fera alors dire à un journaliste judicieux que son répertoire se situe quelque part entre Johnny Hallyday et Françoise Hardy. Ses premiers tubes sont "Tous mes copains" (1963) puis "La plus belle pour aller danser" (1964) composés spécialement pour elle.

Quand on écoute cette Intégrale, on se rend compte que Sylvie s'est mesurée à tous les styles, sans barrière musicale: rock n'roll, rythm'n blues, musique pop, style rétro ou tango, jazz ou swing mais aussi ballades intimistes ou ritournelles plus insignifiantes, chansons à texte ou bluettes plus légères. C'est donc une carrière aux multiples ramifications qui se dévoile ici avec un dénominateur commun: cette voix chaude et voilée, rauque ou fluette, toujours atypique, ce qui fait sa magie et son charme. Le timbre de Sylvie est en effet unique en son genre.

Je retiendrai pour finir quelques standards qui sortent du lot parmi les grands succès de la blonde et qui sont attachés à des souvenirs personnels auxquels chacun peut s'identifier aisément: "Irrésistiblement" (1968), "La Maritza" (1968), "Pour lui je reviens" (1972), "La drôle de fin" (1975), "L'amour c'est comme les bateaux" (1976), "Nicolas" (1980) ...
De l'école au collège et du collège au lycée, du lycée à la fac, toujours un air de Sylvie m'a accroché.

"Sans permission, mes doigts ont claqué. Et de disque en disque et de chanson en musique, en écoutant Sylvie, j'ai l'impression quelques heures durant d'avoir quinze ans".

27.1.07

Sarah Vaughan: "April in Paris"

Sarah Vaughan est selon moi l'autre plus belle voix féminine du jazz, l'autre trésor de ce patrimoine musical noir-américain de l'après deuxième guerre mondiale, une de celles (de voix) qui procure des moments d'émotion pure et intense.

Bon, je préfère la fraîcheur vocale d'Ella Fitzgerald mais la maîtrise technique de celle que l'on surnomma à juste titre "la divine" est tout aussi époustouflante.
Sarah a toujours joué de sa voix opulente comme d'un instrument, maîtrisant à merveille les sauts de registre, à la limite d'une brisure toujours contrôlée.
Les deux voix sont subtiles et nuancées, capables d'emportement léger pour Ella, puissant pour Sarah.

Il est d'autant plus facile de les associer que leur répertoire fut commun à bien des égards.
Sarah suivra toujours la trace de son illustre aînée, débutant comme elle au célèbre théâtre de l'Apollo à Harlem, mais dix ans plus tard. Elles seront souvent accompagnées des mêmes instrumentalistes et Sarah Vaughan ne résistera pas au plaisir d'enregistrer elle aussi quelques "Songbooks" dont le plus célèbre reste consacré à Gershwin.
Ella Fitzgerald suivra toujours avec bienveillance la carrière de sa jeune cadette même si elles n'ont jamais enregistré ensemble.

Ne me demandez pas de comparer leurs interprétations respectives de "September Song", "Embraceable you", "He loves and she loves" ou autres "It's wonderful" notamment. Chaque version a le mérite d'être très différente et complémentaire. L' une et l'autre atteignent la perfection même si Ella a naturellement ma préférence qui est toute subjective.

Pour découvrir Sarah Vaughan,, rien ne vaut cet opus remastérisé où la diva est accompagnée par un petit orchestre composé notamment de Clifford Brown à la trompette, Paul Quinichette au saxo et Herbie Mann à la flûte. Sa version longue et langoureuse d' "April in Paris" est tout simplement sublime.

22.1.07

Ella Fitzgerald: The Complete Song Books (1956-1964)

Il n'est pas besoin d'aimer le jazz pour apprécier Ella Fitzgerald.
La réalisation sophistiquée de ses classieux "Songbooks" enregistrés entre 1956 et 1964 sera chaleureusement accueillie par les amateurs de musique populaire américaine.

Ella est alors au sommet de son exceptionnelle maîtrise vocale. Ce plaisir qu'elle a de chanter, accompagnée des meilleurs instrumentalistes, est évident. Elle est en cela l'antithèse de Billie Holiday pour qui le jazz aura été un moyen d'exorciser ses angoisses. Avec Ella, la musique est belle et harmonieuse.

Je ne saurai trop vous conseiller la série des "Songbooks", chaque opus étant désormais disponible séparément en édition de luxe avec une qualité de son exceptionnelle (en 24 Bit digital haute résolution).
L'occasion pour Ella de s'approprier les standards des compositeurs "blancs" de Broadway: Gershwin et Cole Porter notamment, mais aussi Rodgers & Hart et Johnny Mercer. Avec la présence d'orchestres symphoniques imposants et les arrangeurs les plus cotés comme Nelson Riddle, ces enregistrements sont majestueux.

Cependant, le jazz n'est jamais bien loin et le musicalement plus intimiste "The Duke Ellington Songbook" viendra rassurer les puristes.
On pourrait citer encore ses luxueuses collaborations avec Louis Armstrong, Count Basie, Oscar Peterson. Il y a tant et tant à découvrir parmi tous ses enregistrements prestigieux édités sous le label "Verve".
Il me faudra y revenir.

En attendant, Ella mérite à l'évidence son titre inégalé de "The First Lady of Song".

16.1.07

Ella Fitzgerald: The First Lady of Song

Lorsqu'on évoque le terme de jazz vocal, c'est incontestablement au trio magique: Ella Fitzgerald, Billie Holiday et Sarah Vaughan auquel on pense.

Longtemps, j'étais resté un peu hermétique à ce genre de musique. En 1987 déjà, suite à l'excellent tube de France Gall, ("Ella, elle l'a"), j'avais cherché en vain "ce fameux supplément d'âme, cette petite flamme, ce petit quelque chose dans sa voix qui paraît nous dire viens".

Je ne remercierai jamais assez Liane Foly et son opus précurseur "Les petites notes" découvert en 1994 et évoqué ci-dessous.
Tout naturellement, l'élégance épurée de ce disque jazzy m'a conduit à réécouter dans la foulée celui d' Ella Fitzgerald "'Round Midnight" oublié volontairement au fond d'un tiroir.

Et là, le déclic, la révélation, le choc émotionnel.
Je n'avais jamais rien écouté d'aussi beau, d'aussi pur, d'aussi limpide.
Une perfection inégalée dans l'art de chanter, de trouver le ton juste, l'inflexion adéquate, une voix magique d'une fraîcheur absolue.
Une sensualité diffuse d'une voix tout à la fois juvénile et profonde, l'émotion dans l'interprétation nuancée qui nous met en effet dans ce "drôle d'état" évoqué par France Gall et que je qualifierai moi de "bien-être absolu".

On ne retrouve pas chez Ella Fitzgerald la brisure pathétique et dramatique qui caractérisait une Billie Holiday rongée par la drogue. Le jazz d'Ella est léger, policé et naïf mais il n'est pas futile. Tant de souplesse vocale, tant d'harmonie mais aussi tant d'amplitude dans cette voix ne peut relever que de la magie inexpliquée.

On l'aura compris: il m'aura fallu du temps pour pénétrer l'univers du jazz vocal. Avec Ella, j'ai atteint le nirvana, cette suprême félicité que me procure désormais cette voix sublime.

11.1.07

Liane Foly: "Les petites notes"

En 1991, une nouvelle chanteuse s'installe dans le paysage musical français.

La voix est suave et sensuelle, le style est tout à la fois sobre et maniéré, les chansons sont d'une rare élégance, l'ambiance est joliment glamour. En un mot "classieux".
Coupe de cheveux à la Louise Brooks, Liane Foly ressuscite l'atmosphère jazzy des piano-bars. Le succès est garanti avec l'album "Rêve orange".
Liane Foly est logiquement récompensée aux Victoires de la Musique.

L'album suivant "Les petites notes" sort en 1993 et confirme le style épuré et dépouillé de l'artiste. Toujours signé du trio Foly/Manoukian/Viennet, l'ambiance reste sensuelle et l'acoustique soignée. Il faut dire que les musiciens sélectionnés sont tous de grosses pointures du jazz et que l'album est enregistré en "prise directe".

Cet opus est un véritable joyau. Il fait alors de Liane Foly ma chanteuse préférée. D'un rare esthétisme, tous les titres s'écoutent avec la même harmonie paisible: de "Doucement" à "J'irai tranquille".
C'est pour moi l'album de la révélation et de l'initiation, celui qui modifie mon oreille musicale, stimule en moi désormais de nouvelles envies artistiques. Il me mènera tout droit sur la trace des grandes divas du jazz vocal traditionnel: Ella Fitzgerald et Sarah Vaughan notamment.

Las ! En 1997, Liane Foly fait un tournant musical aussi brutal qu' inattendu. Elle se sépare de son équipe et propose de nouvelles chansons plus "funky" au mixage clinquant et sur des textes d'une fadeur affligeante. Le look (et le visage) aussi n'est plus le même et devient ... plus ordinaire. De fait, elle brouille son image et déconcerte ses admirateurs dont je suis.
Dommage, vraiment dommage. Depuis lors, la brune énigmatique au charme si singulier a confirmé son évolution en "chanteuse de bal" terriblement banale. Quel gâchis. Liane avait tant de potentiel.

"Les petites notes que l'on sème
Sur les routes, sur les scènes
C'est à vous qu'elles reviennent".

Et moi, ce sont ces notes que j'égrène à jamais, "tels des cailloux, des graines".

5.1.07

Sylvie Vartan au Casino de Paris 95

Sylvie Vartan nous avait habitués à des méga-shows magnifiques mais un peu impersonnels à l'époque des seventies triomphantes (1975-1983). Certes, la critique saluait la performance et son professionnalisme. Certes, le public était bluffé. Elle exporta même son spectacle à Las Vegas, capitale de la démesure et de l'esbroufe.

Besoin de se remettre en question ? Besoin de se retrouver ?
En 1990, son concert à Sofia en Bulgarie ne l'avait pas laissée "intacte" selon ses propres mots. Elle retrouvait ses racines et ses valeurs devant un public émouvant de dignité et de vérité, meurtri et convalescent après de longues décennies de privations et d'oppression.

Après quelques années d'arrêt scénique entre 1984 et 1990, après ce retour au passé, Sylvie semble s'être assagie. Son look est plus sobre, plus naturel. Sylvie la star, redevient simple chanteuse pour mon plus grand plaisir.

C'est dans ce contexte que Sylvie réenregistre en 1994 ses anciens standards "en prise directe" et sort un album intitulé "Sessions acoustiques". Les arrangements sont signés par le jeune prodige Philippe Delettrez, celui-là même qui avait joliment mixé le dernier album de Charles Trenet "Mon coeur s'envole" en 1993, album que j'ai évoqué sur ce blog en novembre 2006.

Et c'est dans ce contexte que Sylvie renoue désormais avec des spectacles plus intimistes et chaleureux.
Le Casino de Paris qu'elle choisit pour son retour sur scène en 1995 est une salle à dimension humaine. Elle est surtout chargée d'histoire et de symboles pour tous les amoureux du music-hall. Joséphine Baker et Mistinguett, en leur temps, y ont montré leurs jambes (qu'elles avaient jolies) en descendant le célèbre escalier. L'ai-je bien descendu ?
"Mon truc en plumes" de Zizi Jeanmaire tout en caresses et en ivresse, ça le faisait aussi.

Au Casino de Paris, Sylvie n'exhibera guère ses jambes. De pas de danse, il en sera très peu esquissé. Juste un tango assagi sur son légendaire "Drôle de fin" revisité, histoire de maintenir le mythe de la Vartan éternelle.
En revanche, le spectacle est d'une élégante sobriété et pour une fois en "live" intégral. Les cheveux sont enfin moins longs, juste mi-longs, ce qui lui va tellement mieux.
L'occasion de chanter des standards de Nougaro et Brel et de mettre en musique le merveilleux texte de Léo Ferré sur "La vie d'artiste".
Sylvie joue aussi la comédie en parodiant "Cyrano" sur un texte de Françoise Dorin.

Ce récital affichera complet pendant trois semaines et chagrinera les détracteurs de la blonde qui souhaitaient la voir trébucher. Il deviendra référence dans une carrière pourtant déjà brillante.
30 ans après ses débuts tumultueux, 15 ans après ses méga-shows à l'américaine, ce "Casino" semblait un passage obligé pour la couronner enfin artiste intemporelle du music-hall. Oui, le Casino a complètement changé l'image de Sylvie, la rendant plus humaine et plus accessible à son public qui pouvait enfin la toucher des yeux et du coeur.
Et pour moi, la Sylvie telle que je l'aime désormais.

28.12.06

Trenetement romanesque

Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer le très joli commentaire du jeune romain, 21 ans, concernant l'univers de Charles Trenet.
Décidément, quel bel hommage pour ce poète aujourd'hui disparu d'inspirer ainsi la nouvelle génération.
Et quel honneur pour moi d'ouvrir ce blog à romain dont j'apprécie tant l'écriture, l'érudition et la gentillesse innée.

"J'aime l'univers de Charles Trenet fait de fantômes séduisants, un peu frères et soeurs de ceux de René Clair: "The ghost goes west", dans sa période hollywoodienne.
Quelque part, "Mam'zelle Clio" qui connaît bien les fantômes, écoute le vagabond qui chante: "Ficelle tu m'as sauvé de la vie. Ficelle sois donc bénie".
"Y'a de la joie!". Oui, il y avait de la joie dans ses "folles complaintes", la même joie que chez "Madame la Marquise" annonciatrice des pires catastrophes. Peut-être qu'un jour on oubliera le nom de l'auteur de "La Mer" et de "Douce France" ... Qu'importe! Son âme légère et ses chansons courront encore longtemps, longtemps, longtemps dans les rues ... A peine, me semble-t'il, avait-il mis le point final de ses nombreuses chansons à succès que déjà, elles ne lui appartenaient plus. Le grand public s'en accaparait pour les faire siennes définitivement."
romain

Merci romain pour ce témoignage imagé de ce poète aujourd'hui statufié en trésor du patrimoine musical. L'occasion de revisiter ses chansons, de goûter leur drôlerie mais aussi leur noirceur parfois comme dans "La folle complainte". Dans le "Jardin extraordinaire" de Trenet, il y a en effet des fantômes, espiègles parfois, des rêves, un univers fantasque et imaginaire, en un mot surréaliste.
Quel bonheur de faire à l'envers "La route enchantée", celle qui nous mène de "Route Nationale 7" à "La porte du garage".

Romain aura l"amitié d' évoquer ici un autre artiste authentique qui lui est cher, essentiel même et que je maîtrise moins hélas: Léo Ferré.
A chacun ses lacunes.

19.12.06

Véronique Sanson: d'un papillon à une étoile

Véronique Sanson chantant Michel Berger ?

Je n'entrerai pas dans le contentieux douloureux et intime qui a opposé France Gall à Véronique Sanson lors la sortie de cet album en 1999. Véronique a sans doute été trop maladroite dans ses confidences sincères et amoureuses.

J'ai découvert cet opus récemment, un peu par hasard. Berger, c'était pas trop ma tasse de thé. Trop intello, trop élitiste dans sa démarche.
Et puis France Gall ne venait-elle pas elle aussi de revisiter de manière inégale le répertoire de son mari ?

Eh bien, l'opus de Véronique est une pure merveille. Interprété avec une pudeur et une sensibilité à donner la chair de poule, il sonne paradoxalement comme un album très personnel. Véronique Sanson renoue avec l'authenticité et la pureté de ses débuts. Et les orchestrations sont de toute qualité, accompagnant la voix merveilleusement troublante, tourmentée et émouvante de cette chanteuse.

Les mots de Michel Berger sont ici d'une grande beauté. Peut-être suis-je passé à côté d'un grand auteur, mais désolé, Berger chanté par lui-même n'a pas la même saveur. Sa voix et celle de France Gall (pourtant mélodieuse) sont trop lisses pour susciter l' émotion comme le fait Véronique avec ses langoureux "vibratos".
C'est flagrant pour "Diego, libre dans sa tête". Insupportable quand gueulé par Hallyday, impersonnel quand interprété par France Gall ou Michel Berger, ce titre trouve enfin sa dimension dans une interprétation crédible et touchante qui remue les tripes.

Mais le frisson atteint son paroxysme avec des titres comme "Je reviens de loin", "Si tu t'en vas", "L'un sans l'autre", "Attends-moi" ou "La minute de silence" qui ont l'avantage d'être méconnus du grand public. Ils semblent ainsi avoir été taillés sur mesure pour Véronique Sanson.

"Ecoute passer mes nuits blanches
Dans tes veloutés de fumée bleue
Cette minute de silence
Est pour nous deux".

Minute de silence apaisante avant d'aller se coucher.

14.12.06

Aznavour: Palais des Congrès 87

En 1987, Charles Aznavour sort un nouvel album et se produit au Palais des Congrès, pour la première fois depuis 7 ans. L'occasion pour une nouvelle génération dont je fais partie de mieux le découvrir.

Certes, son répertoire ne m'était pas inconnu. Ses standards passaient déjà en boucle sur Radio Nostalgie: "Je m'voyais déjà", "Emmenez-moi", "La Bohème", tels des tubes taillés ad vitam aeternam.

Mais bon, comme pour beaucoup d'artistes d'exception, se cachent derrière les succès familiers, d'autres petits bijoux moins connus.
Et notamment, plusieurs titres issus de cet album de 1987 comme "Je bois" ou "L'aiguille", confirmant s'il en était besoin que ce chanteur garde intacte sa créativité.

L'enregistrement public de ce spectacle de 1987 est vraiment un chef d'oeuvre. Mieux qu'une compilation, il mélange harmonieusement les standards habituels et les nouvelles chansons dont certaines auraient mérité de passer à la postérité.
Le son est impeccable et Aznavour est alors au mieux de ses capacités vocales. Surtout l'émotion est palpable, notamment dans "L'aiguille" où le chanteur évoque la douleur inconsolable d'un père écrasé par son impuissance, confronté à la perte de son enfant détruit par la drogue.

"L'aiguille dans ta veine éclatée. Ta peau déchirée.
L'aiguille dans ton corps mutilé, crucifié.
L'aiguille de nos espoirs trahis, te clouant dans la nuit, sans vie".

Mais aussi la déchéance physique et morale dans "Je bois", la perspective d'un divorce douloureux dans "Toi contre moi", les dernières illusions d'un mari dépassé dans "Je me raccroche à toi'. Autant de tranches de vie intimes et vacillantes interprétées sur scène avec une vérité déconcertante.

L"affiche du spectacle est à l'image de ce récital: Aznavour telle une ombre sombre écrasée par les épreuves de la vie et son nom immense en lettres de sang.

11.12.06

Sylvie et Françoise: "Fan des sixties"

Décidément, ce Jean-Marie Périer a bien du talent. Il a souvent "immortalisé" avec beaucoup de naturel les deux égéries sixties. Cette photo est aussi jolie que celle qui illustrait un de mes premiers messages (en juillet 2006) les concernant.
Elle date à priori de 1963 ou 1964.

"Fan des sixties", c'est aussi le bouquin que vient d'écrire le journaliste Jacques Brachet.
Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer un passage concernant "l'image" de certaines de mes icônes dans l'inconscient collectif.
"Barbara aurait chanté "Dirladada", l'intelligentsia criait au scandale. Gréco arrivant en strass et bas résille aurait fait rigoler. Françoise Hardy se mettant au disco, on croira qu'elle aura disjoncté ..."

Il est vrai que peu d'artistes peuvent cumuler différents styles car ça ennuie les esprits chagrins et le succès populaire est toujours suspect.

Sylvie Vartan était déjà une chanteuse "polyvalente" dans les années 60, passant du rock et du twist aux ballades les plus romantiques. Elle est devenue dans les seventies une chanteuse en strass et paillettes et certains ont crié au casse-cou. N'hésitant pas cependant à intégrer dans tous ses spectacles des standards de Piaf ou de Brel. Sacrilège. Elle a même sorti en 1996 un opus aux signatures très "rive gauche", mêlant harmonieusement les plumes littéraires d' Yves Simon et de Jean-Louis Murat. D'aucuns ont alors ironisé sur son évolution "pseudo-intellectuelle". Enfin, la voici de nouveau sur la scène du Palais des Congrès en 2004, en meneuse de "rythme" magnifiée par une chorégraphie clinquante et par de jeunes danseurs énamourés. On prétend alors qu'elle a passé l'âge.
Sylvie n'en a cure. Elle évolue à part dans le monde cruel du "show-bizz", loin des stéréotypes dans lesquels on aura toujours voulu l'enfermer.

Musicalement, je me sens aujourd'hui plus proche de l'univers de Françoise Hardy. On me dit parfois: "Tu transcendes la tristesse dans les choix artistiques de ton blog". Que répondre ? Je ne sais pas. Je ne pense pas être triste dans la vie, peut-être habité d'une "langueur monotone" comme le chantait si bien Trenet.
Mais Françoise a ces mots qui pourraient être miens: "Plus la musique est belle, plus la mélancolie est inhérente. Il n'y a pas de beauté sans mélancolie".

Mais moi, j'adore aussi les toniques "Fantaisie" , "Irrésistiblement" et autres "Drôle de fin" vartanesques. Et cela, Françoise ne le chantera jamais.

5.12.06

Juliette Gréco: "Il n' y a plus d'après"

On a beau s'appeler Juliette Gréco, on peut se retrouver sans maison de disques.
C'est la sinistre loi des majors et même Gréco n' y a pas échappé.

Ce n'est qu'en 2003 que la muse reviendra chez Universal avec ce magnifique album évoqué ci-dessous.
Le phrasé est resté intact. Elle cravache ou caresse toujours les mots avec cet aplomb redoutable.

Elle, qui pendant plusieurs années ne trouvait pas de salle pour l'accueillir à Paris, a pu faire une rentrée triomphale à l' Olympia.
Un pied de nez au système.
Mais si Gréco est de nouveau appréciée par le public et adoubée par une presse enthousiaste, les programmateurs radios préfèrent toujours diffuser frileusement des artistes plus jeunes ou plus formatés. Même Radio Nostalgie rime avec amnésie. Tout juste se souviendra-t'-on du très caricatural "Déshabillez-moi".
La môme Piaf est mieux lotie.

Gréco sur scène, c'est un "monument".
Déjà, dans sa loge, elle s'abandonne aux soins du maquilleur "pour parfaire l'étendue du désastre" comme elle le souligne avec une ironie mordante. Puis elle s'abandonne aux mains du coiffeur. Il faut bien perdurer le mythe sophistiqué de l'éternel féminin.
L'entrée sur scène enfin. La vieille dame brune avance lentement dans le noir pour ne pas tomber, telle une silhouette claudicante marquée par le poids des ans. Le visage est blanc, très blanc. Mais, ce qui frappe, c'est son allure altière. La dame se tient droit derrière son micro, concentrée. Ses mains s'agitent. Le récital commence.
Quand le public énamouré lui lance après qu'elle ait eu un trou de mémoire: "On t'aime", la dame rétorque orgueilleuse: "Ca n' excuse rien".

Tout Gréco est dans cette réplique cinglante.
Indomptable, indomptée.
Et moi au premier rang, "je suis bien".

30.11.06

Gréco: "Aimez-vous les uns les autres ou disparaissez"

"La vieillesse est un meuble inconfortable" écrivait Colette.
Juliette Gréco semble s'en accommoder puisqu'à 76 ans, malgré un coeur fatigué, sort en cet automne 2003 un nouvel album intitulé "Aimez-vous les uns les autres ou disparaissez".
Le meilleur depuis 30 ans à en croire les spécialistes de la muse. Et musicalement le plus abouti.

Ses yeux de biche, le mythe Gréco, son répertoire légendaire (qui va de Gainsbourg à Sartre en passant par Brel, Brassens et Ferré) ont inspiré ici toute une nouvelle génération de la chanson française. S'y côtoient notamment Benjamin Biolay, Miossec, Art Mengo, Gérard Manset et Bernard Lavilliers qui met en musique le très beau poème d'Aragon "La rose et le réséda".

Le titre éponyme "Aimez-vous les uns les autres" signé Manset ouvre cet opus. C'est le seul morceau sur lequel je n'accroche pas musicalement, désservi par des arrangements ... comment dire, "quincailliers".
Ensuite, ce n'est que du bonheur. Cet opus est un véritable écrin musical. Les textes sont sublimes et l'interprétation théâtrale. La voix de Gréco est tout en contraste, tantôt sensuelle et caressante, tantôt claquante et autoritaire, toujours mélodieuse.

On retiendra "Couvre feu" un tango chanté d'une voix "enrôlante", les illusions d'optique d'un "Amour flou" sur fond d'accordéon et d'effluves orientaux, le velouté "Pour vous aimer" où la tigresse se fait chatte (si, si) et bien évidemment le must de l'album (j'y reviens), cette poésie de Louis Aragon. Interprétée avec un brio inégalé sur une délicate composition de Bernard Lavilliers qui l 'accompagne à la guitare acoustique.

Un album qui confirme si besoin en était que Gréco est bien pour moi la plus grande interprète de la mythologie actuelle et passée de la chanson française.

25.11.06

Sylvie, Françoise et Sheila: Salut les copines

En ce mois de novembre 2006, le célèbre photographe des sixties Jean-Marie Périer a réuni les trois ex-idoles des années "yéyé" pour une séance photo.
Le public les avait toujours associées depuis plus de 40 ans, à l'époque bénie de "Salut Les Copains" où elles trustaient les meilleures places du Hit-Parade.

L'occasion pour la très sérieuse revue "L'Express" de les interviewer ensemble, ce qui est une exclusivité.
Prouvant la nostalgie toujours intacte du public pour ces années mythiques où la jeunesse semblait joyeuse, insouciante et innocente.

Le journaliste résume: "Votre dénominateur commun, c'est la chanson sentimentale. Chacune l'aborde différemment. Françoise, vous évoquez plutôt la souffrance. Sylvie, le drame. Sheila, l'optimisme".
Françoise, la souffrance et Sylvie, le drame. Bien vu. Hommage inattendu pour résumer deux artistes qui dépassaient le style un peu désuet de ces années légères.

"Deux mains", "Un peu de tendresse", "L'amour c'est comme les bateaux" ou même "Nicolas", c'est vrai que Sylvie Vartan a souvent parlé d'amour avec une forme de théâtralité un peu dramatique.

Françoise Hardy a le bon goût d'évoquer dans cet entretien "une série de chansons intemporelles" de Sylvie Vartan qui vont de "2'35 de bohneur" à "La plus belle pour aller danser". Plus surprenant, elle semble même lui envier le plus décalé "L'amour c'est comme une cigarette". Il est vrai que l'imagerie de l'amour vue à travers la fumée des cigarettes n'est pas sans poésie. Sylvie chantonne quant à elle "C'est le temps de l'amour" de Françoise qui lui rappelle des souvenirs personnels.

Françoise discerne enfin une chanteuse hors norme au talent fou, Barbara qui allait plus loin en abordant des sujets comme "Le mal de vivre".

Joli moment de nostalgie donc.

22.11.06

Barbara: "Fatigue"

J'avais déjà évoqué Barbara au mois d'août.
Il me semblait évident de revenir sur cette artiste tourmentée qui a creusé durant tout son parcours artistique le même sillon douloureux et intimiste.

La dame brune avait à la fin de sa vie la voix lasse et altérée. Lucide, elle avait déjà fait ses adieux à la scène en 1993, sa respiration étant devenue trop difficile.

Cet opus sorti en novembre 1996 est donc un événement tant la chanteuse paraissait désormais recluse. On savait qu'elle ne restait pas pour autant inactive dans sa propre souffrance, visitant les prisons et les hôpitaux sans jamais en faire état.

Cet album est émouvant car Barbara a la voix usée, brisée, cassée. On la sent épuisée. Ce n'est même plus une voix, c'est juste un souffle haletant, parfois implorant mais toujours digne.
Digne car la chanteuse évoque plus la souffrance des autres que la sienne. Celle des hôpitaux dans "Le couloir" où elle rend hommage à la disponibilité des "blouses blanches" et à la souffrance morale des malades en phase terminale.
Lui revient aussi en mémoire des jours sombres, ceux de l'Occupation dans "Il me revient" et l'évocation brutale d'une arrestation. En novembre, toujours en novembre.
L'espoir enfin avec "Le jour se lève", une sorte de gospel progressif où la chanteuse incite à l'optimisme.
D'autant plus émouvant que la voix peine à suivre cet élan, à la limite de la rupture.

"Même pâle, le jour se lève encore. Tu verras, on continue. Le jour se lève encore".

Cet album est donc comme un don ultime que la chanteuse nous offre dans l'effort, avant de se taire définitivement l'année suivante en novembre (décidément) 1997, emportée par une embolie pulmonaire.
Barbara détestait paraît-il le mois de novembre.

Dans cet opus de 1996, à peine une allusion prémonitoire dans "Fatigue".

"Qu'est-ce qui m'arrive. Nausée, j'ai la nausée. Je cherche mon chemin. Mais c'est fatigue. Et j'ai mal. J'ai peur dans ma fatigue".

Barbara demeure une artiste authentique et troublante, même si peu de radios hélas, la programment encore.

14.11.06

Trenet: "Mon coeur s'envole"

En 1993, la question pouvait-elle légitimement se poser ?
Démodé, Trenet ? Tu parles Charles.

Sortant d'une longue semi-retraite, le "fou chantant" crée l'événement avec un nouvel album et se produit trois semaines durant au Palais des Congrès où j'aurai le plaisir de l'applaudir pour la première et dernière fois.
Et de constater que la voix de cet octagénaire, seul sur scène accompagné de ses deux fidèles pianistes, est d'une pureté et d'une limpidité déconcertantes.

Trenet, le retour ? Le Tout-Paris et le président Mitterrand en personne se déplaceront à l'Opéra-Bastille pour un concert exceptionnel de ce monument de la chanson française.

On retrouve dans le nouveau Trenet ce goût prononcé pour l'absurde avec des titres discutables comme "Drôles d'idées" ou "J'aime la pub" au mixage un peu toc.
Ces titres à l'orchestration clinquante seront hélas mis en avant par la maison de disques, pour accoler une image "jeune" à Trenet.

On retiendra plutôt des chansons comme "Tiens, il pleut", "Nous on rêvait", "Quand les cigales seront parties" bien plus artistiques et mélodieuses à mon goût. Et dans un registre plus époustouflant, le fantasque "Tempéramentale".
En fait, tout l'intérêt de cet opus que l'on aurait pu croire "testamentaire" est dans les titres intimistes, teintés de nostalgie où l'artiste semble enfin se confier, entre deux pirouettes. Avec ce sens intact de la poésie.
Il égrène avec pudeur les souvenirs et les émois de ses tendres années. Et semble s'adresser à un être cher, chéri même, aujourd'hui disparu. C'est flagrant dans "En souvenir de toi".

"En souvenir de toi, tendrement je fredonne.
Cette chanson d'amour dont le refrain si doux nous parlait du printemps.
A présent, l'hiver à ma porte frappe avec son doigt décharné".

Sujet récurrent que l'on retrouve sur le titre éponyme de l'album:

"Mon coeur s'envole vers toi.
Pour venger le destin de nos minutes brèves.
Hélas, je ne peux plus te rencontrer qu'en rêve.
Quand la vie nous réunira, ce sera la plus belle des revanches.
Mon coeur s'envole vers toi".

En 2001, son coeur et son âme s'envoleront à jamais dans les nuages.
Plaise à Dieu qu'il ait retrouvé la légèreté de ses tendres années.

10.11.06

Daho et Sylvie: "Chez les yéyés"

Né en 1956, Etienne Daho découvre gamin les yéyés, dont ses futures égéries Françoise Hardy et Sylvie Vartan, grâce au juke-box de son village. L'envie de faire de la musique lui vient de cette décennie turbulente marquée par les tubes populaires qui vont des Beatles à Gainsbourg.
Ce fan des sixties, futur chef de file de la pop française des années 80, reprendra d'ailleurs "Chez les yéyés" de Serge Gainsbourg.

C'est en 1984 que je l'ai découvert avec son album lunaire "La notte, la notte". Les thèmes qu'il aborde, légers et graves à la fois, sa manière de disséquer les sentiments amoureux, correspondent alors à mes états d'âme de jeune parisien avide qui découvre avec un ravissement désenchanté la futilité des premiers émois plus ou moins bien assumés. "Sortir ce soir", la cigarette, un dernier verre et les inévitables lendemains si bien décrits dans "Le grand sommeil".

"Je ne peux plus me réveiller, rien à faire. Entortillé dans mes draps, je crois me souvenir de toi".

A la même époque, de 1984 à 1989, cette fin de décennie 80 semble hélas moins fructueuse pour Sylvie Vartan, exilée dans son rêve californien qui n'est plus le mien. Ringardisée dans les médias et la jeunesse française qui lui préfèrent désormais la fraîcheur d'une France Gall "rebranchée", son image embourgeoisée est décalée et sa carrière vieillissante .
Est-il alors possible pour l'ex-égérie sixties de revenir dans la course en frappant un grand coup?

Le magicien s'appelle Etienne Daho et la collaboration avec la blondissime idole s'avère fructueuse. Il lui produit en 1990 une version remixée et modernisée de "Quand tu es là", un de ses standards plus méconnu des années 60. Ce remix entre au Top 50 et une amitié sincère et durable naît entre les deux artistes.
La photo ci-dessus date de 1991 et illustre cette collaboration magique.

Daho lui prête ses musiciens pour son grand retour scénique au Palais des Sports 91 et élabore avec elle la structure musicale du spectacle. Il sera à consonnance sixties mais aux sonorités très actuelles sur une musicalité "rock & pop". Sylvie rayonne. Elle renoue avec son côté "vamp", "sexy" et "glamour" mais débarrassée des oripeaux strassés, clinquants et désormais démodés de ses prestigieux shows des années 70.

La magie Vartan est de retour. Pour Sylvie, une nouvelle décennie prometteuse et pour moi une nouvelle vartanophilie retrouvée.

5.11.06

Françoise Hardy: messages personnels

Loin du stéréotype un peu réducteur des "yéyés", Françoise avait tous les atouts pour devenir une artiste incontournable.

Avec ses chansons qu'elle compose elle-même à la guitare, elle deviendra vite une des égéries sixties, photographiée par son "boyfriend" de l'époque, le photographe à la mode Jean-Marie Périer. Il immortalisera amoureusement le "look Hardy".

Malgré son omniprésence dans la presse jeune, Françoise se démarque très vite des chanteurs de sa génération.
Son style est plus mûr, moins frivole. Moins populaire aussi. Elle ne se reconnaît ni dans l'exubérance de la scène, ni dans les rythmes endiablés du twist.
La seule chose qui l'intéresse, c'est d'écrire et composer des ballades douces et mélancoliques, si possible dans sa salle de bains, là où l'acoustique est la meilleure.

Mystérieuse et insaisissable, ses chansons évoquent le spleen amoureux avec cette fraîcheur naturelle, cette authenticité touchante que seule pouvait égaler à l'époque sa consoeur et néanmoins amie Sylvie Vartan.
Ses chansons racées, ses tenues modernistes, ses enregistrements dans les plus grands studios londoniens en font une "pop-girl-intello" prisée jusque dans les sphères très privées de Mick Jagger et Bob Dylan.

En 2002, me promenant dans le quartier animé de "Piccadilly" à Londres, j'ai pu constater que les disques et les affiches de Françoise Hardy ornaient encore les boutiques spécialisées de musique actuelle et de collection.

Ses sixties regorgent à jamais de pépites pop et de bien douces mélodies comme "Mon amie la rose", "L'amitié", "Des ronds dans l'eau", "If you listen", "Soleil" ou "Tu ressembles à tous ceux qui ont du chagrin".

"Tu ressembles à tous ceux qui ont du chagrin
Mais le chagrin des autres ne m'intéresse point
Et comme tous les gens qui ont du chagrin

Ton visage souvent a l'air dur et lointain
Mais le visage des autres est moins beau que le tien."

A écouter sans modération.

28.10.06

Sylvie Vartan: merveilleusement désenchantée

Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer ce joli commentaire lu dans le très classieux "Spectacle du Monde".
En général, cette revue traite plutôt de géopolitique.
L'article signé Arnaud Guyot-Jeannin date de 2004.

"Une beauté froide et aristocratique alliée à un regard mystérieux et pénétrant, la blondeur angélique de ses cheveux se couplant à une silhouette ensorcelante, telle apparaît Sylvie Vartan qui captive par un charme mélancolique très slave, une voix à la fois distincte et distinguée, ainsi qu'une élégance gestuelle doublée d'une grâce infinie. Son visage retient une telle émotion et une telle timidité justement retenues. Son allure sensuelle et ses paroles inspirées troublent toujours nos contemporains".

Qu' ajouter à cela?

Certains de mes amis sourient à cette "vartanophilie" bon enfant.
Sylvie reste pour eux l' ex-chanteuse "yéyé" au charme un peu désuet et aux bluettes faciles, qui fait pleurer les blondes et consumer les cigarettes.
"Un blog sur Sylvie ? Tu n'y penses pas".

Mais Sylvie est aussi une interprète qui, en 40 ans de carrière, a mélangé avec aisance les styles et les générations, chantant aussi bien Léo Ferré et Daho, Nougaro et Jean-Louis Murat, Brel et Yves Simon.
Ce sont ses ballades les plus mélancoliques, interprétées d'une voix grave, lasse et désabusée qui me charment le plus, celles qui sont méconnues du grand public.

Certes, tout le monde connaît "La Maritza" qui appartient désormais au patrimoine de la chanson française.
Mais à l'époque, sur ce titre, sa voix était joliment haut perchée.

Depuis, sa voix a gagné en profondeur et en densité.

"Jours après jours", "Toute une vie passe", "Merveilleusement désenchantée", ces titres vartaniens des années 80 parlent d'eux-mêmes. Et moi, je ne m'en lasse pas.

21.10.06

Souchon: "Allo maman bobo"

Sous son air fragile et romantique, Souchon a souvent écrit des chansons très dures comme "Le dégoût". Ses thèmes récurrents sont le spleen, le malaise de la vie qui passe et l'insatisfaction face à nos rêves d'enfant.
C'est flagrant dans des titres comme "Le bagad de Lann Bihouë" (1978), "Rame" (1980), "On avance" (1983).

"C'était le dégoût. Le dégoût de quoi, je ne sais pas, mais le dégoût. Tout petit déjà, c'est fou comme tout me foutait le dégoût".

C'était en 1979 et moi, je passais mon bac.

Il chante aussi l'usure inexorable, le temps qui abîme les êtres et les sentiments.

"Manivelle tourne mais c'est ma vraie vie qui tourne.
Manivelle tourne, combien d'années encore ?
Manivelle tourne. Déjà, j'aime plus mon corps".

Ben oui, c'est pas facile la quarantaine ... trébuchante.

"Passez notre amour à la machine. Faites le bouillir pour voir si les couleurs d'origine peuvent revenir. Est-ce qu'on peut ravoir à l'eau de Javel des sentiments, la blancheur qu'on croyait éternelle et pour retrouver le rose initial de ta joue devenue pâle."

C'est triste, mais Souchon a toujours chanté avec légèreté. Lire ses textes est plus dur que de les entendre à la radio.

Hélas, depuis son "Foule sentimentale" (1995) un peu démagogique, je n'aime plus trop ses nouvelles chansons. Je les trouve à vrai dire "chiantes". Ainsi va la vie.

"Manivelle tourne" ...

16.10.06

Moustaki: "Passe le temps"

Moustaki a d'abord écrit pour Edith Piaf. Ecrire pour la môme Piaf était un tremplin obligé pour tous ces jeunes artistes qui débutaient dans les années 50 à Paris et qui "piaffaient" d'ambition. Ils ont tous défilé dans son intimité: Montand, Aznavour, Moustaki notamment. Bécaud, je ne sais pas.
Il est vrai que Piaf avait une réputation de "mante religieuse" et que les faits sont avérés.
Mais cela ne nous regarde pas.

On retiendra plutôt sa belle rencontre artistique avec Barbara dix ans plus tard. Il lui écrira "La longue dame brune" qu'ils interpréteront ensemble sur scène.
Barbara dira un jour: "Moustaki, c'est ma tendresse".
Ce mot lui va à ravir.

1969 est l'année décisive qui le révèle enfin au grand public. "Le métèque", "Joseph", "Il est trop tard", "Ma solitude" deviendront vite des standards.
Le déclic a eu lieu grâce à un "Discorama" avec Denise Glaser. Un micro, une guitare, échanges paisibles.
Tout Moustaki est résumé dans ce mot "paisible".

Moustaki, c'est la nonchalance personnifiée. Sa voix douce et reposante s'accorde à des guitares acoustiques pour distiller de sensuelles et mélancoliques ballades qui nous invitent à de oisifs vagabondages.

Ode à la paresse ?
"La paresse doit être tenue pour une des manifestations de l'intelligence" disait Montherlant.
Paresse toute relative le concernant.
Car ce rêveur d'amour, ce voyageur tranquille est encore un compositeur prolixe.

Il continue de se produire dans de petites salles intimistes comme Le petit Journal à Montparnasse où je l'ai applaudi en 2003.
Il sait avec ses quelques musiciens créer une atmosphère chaleureuse pour des récitals qui peuvent s'éterniser jusqu'à plus d'heure, signe de sa générosité désintéressée.

Personnage décalé et attachant avec sa longue et rassurante barbe hirsute blanche de patriarche intemporel.

"Les aiguilles ont tourné. Il est trop tard.
Mon enfance est si loin, il est déjà demain.
Passe passe le temps, il n'y en a plus pour très longtemps".

Ce n'est même pas triste. C'est juste une fatale évidence, une évidente fatalité.

11.10.06

Sylvie Vartan fait sa "revue de mode"

Le célèbre musée parisien de la mode "le Musée Galliera" consacrait en 2004 une exposition sur les tenues de scène de Sylvie Vartan, de ses débuts à aujourd'hui.
Fort de ce succès, l'exposition s'est prolongée du 16 octobre au 27 février 2005.

C'est dire si Sylvie Vartan est devenue "culte".
Souvent habillée par les plus grands couturiers, la chanteuse la plus emblématique des sixties a longtemps fait la couverture de revues de mode internationales comme "Vogue" ou "Elle", traversant les décennies et les continents avec un goût artistique extrêmement sûr.

L'ami japonais qui m'accompagnait à cette exposition me confirmait la popularité de Sylvie dans son pays.

Au début simple idole gracile d'une jeunesse turbulente, elle se mua en "show woman" sexy et glamour, prompte à faire fantasmer tous les pères de famille respectables ainsi que les "garçons sensibles" pour qui elle symbolisait l'idéal féminin.


J'adore l'affiche de cette exposition (sponsorisée par la Mairie de Paris), très présente sur les murs de la capitale en cet hiver 2004. Joliment rétro et tellement artistique. La photo de Sylvie date de 1964. On la voit jeune et pleine de fraîcheur, naturelle et candide.

Je fais miens les propos du romancier Daniel Arsand qui déclare: "Sylvie fut la princesse de mon adolescence. Boudeuse, charnelle et le regard triste. Et des jambes sublimes. Sa voix m'électrisait, m'électrise toujours. Pourquoi? Je l'ignore, demandez à mon coeur".

6.10.06

Michel Jonasz en concert: Palais des sports 85

Michel Jonasz est un artiste que j'ai apprécié sur le tard. Adolescent, j'avais découvert ce jeune chanteur qui racontait un peu plaintif ses vacances d'enfant "au bord de la mer", en suçant des glaces à l'eau et regardant les bateaux.
Jonasz a toujours eu ce petit côté désenchanté qui le rapproche de nous.

Mais c'est sur scène qu'il partage le mieux son blues teinté de swing.
Michel Jonasz en concert ?
L'album de référence est sans conteste son Palais des Sports 85 qui a été pour l'occasion remastérisé en haute définition.
Les musiciens sont tous d'excellentes pointures comme Jean-Yves d' Angello aux claviers et Gabriel Yared comme arrangeur. Sans oublier les excellents frères, les "Black Simms" dans les choeurs.

Le disque "live" par excellence dans toute cédéthèque qui se respecte, vu son extraordinaire qualité acoustique.

Les influences musicales sont ici très nettes: entre swing, soul et funky sans oublier son tube du moment "La boîte de jazz" qui le propulsera interprète de l'année aux "Victoires de la Musique 85". Pour l'anecdote, c'est une autre "slave" Sylvie Vartan qui lui remettra ce Trophée.

Mais ce qui ressort de cet album "live", c'est surtout l'émotion que dégage Jonasz dans ses trémolos lancinants.
"Y'a rien qui dure toujours" , "J'veux pas qu' tu t'en ailles" sont autant de cris magnifiques et impudiques que les troublantes "lignes téléphoniques" (dédiées à son fils?) qui donnent littéralement le frisson.
On frémit encore avec "Guigui" (ah, la longue introduction au piano) et avec "Uni vers l'uni" où la tension flippante est palpable dès les premiers accords pour atteindre ensuite son paroxysme.

En 2004, sa maison de disques EMI n'a pas renouvelé son contrat. Viré comme Nougaro l'avait été en 1986 par RCA pour des raisons misérablement mercantiles.
On assiste hélas à un formatage et à un appauvrissement de la création artistique au profit de coups médiatiques sans lendemains.

"En v'la du blues, en v'la"...

3.10.06

Véronique Sanson: les moments importants

Véronique Sanson est apparue sur la scène française dès le début des années 70.
Sa voix surprenante et inédite m'avait dès l'époque marqué.

S'accompagnant au piano, la voix de Véronique Sanson se déploie en effet dans un vibrato magique sur des mots percutants (les siens) à l'ambiance très introspective. Cette façon très personnelle d'écrire, de composer, de chanter a fait d'elle une pionnière, une chanteuse "alternative" et aujourd'hui une référence.

"Besoin de personne" (1971), "Comme je l'imagine" (1972), "Vancouver" (1976) deviennent vite des standards incontournables.
La voix vibrante de la chanteuse séduira tout autant sur des tempos rock qui balancent ("Alia Soûza", "Bernard's song") que sur de plus langoureuses et émouvantes confessions.
C'est quand même dans le registre intimiste que je la préfère. "Amoureuse", "Ma révérence" et "Toute une vie sans te voir" font partie de ses plus belles chansons. Authentiques. On sent qu'elle a souffert et que les mots sont pour elle un exutoire.

"Ce que je crains, c'est de passer toute une vie sans te voir.
C'est ça qui me fait mal, qui me fait vieillir.
C'est ça qui me fait maudir
le choix du hasard. J'ai déjà des cheveux gris et je ne peux plus brûler ma vie sans te voir ..."

Cette chanson passait en boucle sur ma chaîne en 1980, tout au long de mes fastidieuses soirées nocturnes à "potasser" sans enthousiasme (et sans lendemain) la médecine.

En 2001, il était grand temps que sa maison de disques propose enfin le premier double best-of digne de ce nom, remastérisé en 24 bits et au son impeccable.
Il s'intitule judicieusement: "Les moments importants".
La pochette, comme on peut le constater, est par contre bâclée et inadaptée.
La blancheur immaculée et évanescente cadre mal avec le personnage plus tourmenté.
Véro rime plutôt avec bobo.

28.9.06

Henri Salvador: "Chambre avec vue"

A 83 ans, Henri Salvador signe avec "Chambre avec vue" son plus bel album, le plus abouti.
Cet opus sonne comme un miraculeux retour en grâce pour l'"inoubliable" interprète de "Zorro est arrivé" et autres pitreries alimentaires du style "Minnie petite souris".
Quel gâchis!

C'est oublier en effet que Salvador fut à ses débuts le créateur de bien jolies romances comme "Syracuse" ou "Une chanson douce" (que lui chantait sa maman) dignes du meilleur du patrimoine musical français.

Avant tout crooner, influencé par le jazz cool et la bossa nova, Henri Salvador renoue donc avec ses premières amours.
En cet automne 2000, il sera salué et plébiscité autant par le public que par les critiques. L'album sera disque d'or et Salvador sera récompensé aux "Victoires de la Musique" comme l'artiste masculin de l'année.

Dans cet album, la nonchalance et la paresse qu'il a souvent revendiquées semblent lui avoir épargné l'usure du temps qui passe inexorablement. Sa voix veloutée et suave lui permet de caresser les douces ondulations d'une musique qui se veut "alanguissante". Les textes sont d'une insouciante et élégante gravité. Ils évoquent les rêves et les voyages que ce vieux monsieur digne ne pourra plus faire, sauf dans sa tête vagabonde.

"Les années passent. Qu'il est loin l'âge tendre".

L'heure des regrets ? Non pas. Plutôt celle de la sagesse et de la sérénité. "Il y a bien longtemps que je n'ai plus d'angoisses métaphysiques" confie le crooner au rire communicatif.

Dans la lignée de cet opus épuré, d'une rare musicalité acoustique, Françoise Hardy sortira en 2004 "Tant de belles choses" (déjà évoqué en juillet dans ce blog) et qui est de la même veine artistique.

"Chambre avec vue" se termine sur ces quelques vers issus de "Clopin clopant" également interprétée en son temps par Juliette Gréco:

"De temps en temps le coeur chancelle.
Y'a des souvenirs qui s'amoncellent.
En promenant mon coeur d'enfant,
la vie s'enfuit à tire d'aile".

24.9.06

Sylvie Vartan: "L'amour c'est comme les bateaux"

Sylvie vamp, Sylvie strass, Sylvie star.
On l'a vu, les années 70 sont des années flamboyantes pour l' ex-égérie sixties.
Il serait vain cependant de limiter le talent de notre première show-woman à l'extravagance des paillettes.

Pour ceux qui la suivent depuis les sixties, son répertoire rengorge aussi de bien belles ballades interprétées avec nostalgie et une émotion digne désormais des plus grandes interprètes du music-hall.

Sylvie, c'est avant tout un timbre de voix atypique, une voix voilée et rauque, une voix imparfaite certes mais attachante .
On ne comprend rien à Sylvie Vartan si on ne vibre pas à cette voix fragile et forte à la fois.
On ne comprend rien à Sylvie si derrière les sunlights, on ne perçoit pas ce spleen inhérent qui remonte à ses origines slaves et qui est lié au déracinement de son enfance.

En cette glorieuse année 1976 qui récompense d'un double disque de platine et d'or le tube "Qu'est- ce qui fait pleurer les blondes", Sylvie nous offre pour l'été une bien jolie ballade: "L'amour c'est comme les bateaux".
J'adore cette pochette où elle apparaît ténébreuse à souhait. C'est dans ce registre mélancolique que je la préfère.

Je ne résiste pas à ces quelques vers qui font partie des plus beaux de son répertoire:

"L'amour c'est comme les bateaux.
Vu d'un peu loin c'est toujours beau.
Les bateaux c'est comme les sirènes,
ça ment mais on y croit quand même.
Pour quelques larmes, pour quelques lames,
Pour un orage de trop.
Oui ça chavire et ça rend l'âme,
L'amour c'est comme les bateaux."

21.9.06

Irrésistiblement Vartan !

"Le Tango" est aussi un haut lieu des nuits parisiennes.
Des soirées à thème y sont organisées comme celle réservée ici à la star flamboyante des seventies.

Sylvie vamp, Sylvie strass, Sylvie sex-symbol, c'est ainsi qu'elle apparaissait en 1977 dans son affiche désormais culte du Palais des Congrès.
Prisonnière dans un rond de lumière, devant un rideau de scène de couleur vert amande, Sylvie se "move" féline dans sa robe léopard, la hanche provocante.
C'est l'époque où Sylvie enchaîne les tubes, de "Drôle de fin" à "Petit Rainbow" en passant par "Qu'est-ce qui fait pleurer les blondes " et "Le temps du swing".
Luxe visuel au sein de tableaux et de chorégraphies grandioses, mais aussi la vérité dépouillée de ballades plus nostalgiques comme le désenchanté: "L'amour c'est comme les bateaux".

En cet automne 1977, 180 000 spectateurs viendront applaudir "la Vartan". Les critiques parisiens, d'habitude peu amènes, sont bluffés par la prestation de la blonde.
"Si quelqu'un écrit un jour une anthologie du music-hall, il serait fâcheux qu'elle n'y ait pas une place de reine" lit-on dans le très sérieux "Quotidien de Paris".
Mick Jagger, Barbara et Charles Trenet se déplaceront pour applaudir leur consoeur. On notera aussi le très beau (et surprenant) compliment d' Yves Montand: "Si vous voyez son nom sur une affiche, ne marchez pas, courez la voir!".

30 ans plus tard, le jeune chanteur Bénabar évoquera à son tour la nostalgie Vartan dans son évocation cathodique des seventies "paillettées": "Y' avait tellement d'applaudissements, ambiance fox-trot, Sylvie Vartan et des danseurs partout tout l'temps". Sympa.

Irrésistiblement Vartan! En cette soirée vartanesque au "Tango", "tout m'entraîne irrésistiblement vers elle, comme avant".

15.9.06

Juliette Gréco: "Je suis comme je suis"

Me voici le temps d'une soirée au "Rive Gauche" dans un bar branché au sous-sol du quartier Latin.

Si l'ombre des existentialistes ne hante plus Saint-Germain-des-Prés, si ses caves enfumées ne vibrent plus au son déchirant de la trompette de Miles Davis, les paroles de Juliette Gréco interprétant: "Il n'y a plus d'après" résonnent toujours pour les aficionados de la muse.
"Quand je te reverrai, à Saint-Germain-des-Prés, ce ne sera plus toi, ce ne sera plus moi, il n'y a plus d'autrefois".

50 ans après, la séductrice garde son mystère. La voix est toujours là, tantôt caressante, tantôt cinglante.
Gréco a toujours cultivé l' esthétique du dépouillement, sublimée par ses légendaires tenues de scène noires signées Yves Saint-Laurent.
Celle qui a si bien défendu la "chanson d'auteur" mettait en scène ses mains comme unique apparat de ses prestations scéniques.

Elle a chanté l'engagement politique ("Mon fils, chante"), les amours impossibles ("Un petit poisson, un petit oiseau"), les amours différentes ("Les pingouins") et plus tragiquement l'angoisse de la disparition inéluctable qui frappera chacun de nous ("J'arrive") dans ce face à face troublant avec la mort.

"J'arrive, j'arrive.
Mais pourquoi moi, pourquoi maintenant. Pourquoi déjà et où aller ...
C'est même pas toi qui es en avance, c'est déjà moi qui suis en retard.
De chrysanthèmes en chrysanthèmes, à chaque fois plus solitaire".

Le texte est de Brel. On n'a jamais rien écrit d'aussi beau.
Interprété par Gréco, on frise la perfection.
Et moi, j'en ai la chair de poule.

10.9.06

Juliette Gréco: la muse de l'existentialisme

Difficile d'aborder cette légende vivante de la chanson française. Elle-même récusera toujours cette image de muse mystérieuse et envoûtante.
"Etre statufiée comme ca: une icône, la muse de l'existentialisme. A ma connaissance, j'ai été la seule publicité pour une philosophie".

Gréco, c'est avant tout un caractère, une femme "indomptable", orgueilleuse, avec son franc-parler.
Elle est la seule par exemple qui osera s'attaquer au mythe "Piaf": " Le principal élément du succès d'une chanson, c'est l'interprète. Voyez Edith Piaf. Elle a tant de génie qu'elle arrive à faire passer les pires idioties". Sic!
Gréco est une séductrice redoutable et une interprète hors-pair qui adore les "mots", ceux des poètes.

Dans le Saint-Germain des Prés d'après-guerre, il faut dire qu'elle les a tous fréquentés: les Sartre, Vian, Queneau, Prévert ...
Elle deviendra chanteuse par hasard et mettra son phrasé inégalé au service des plus grands auteurs.

L'album à conseiller pour la découvrir est évidemment sa compilation 2 CD "Je suis comme je suis" (Philips/Phonogram/Universal, 1990). La liste des auteurs est impressionnante: Prévert, Aznavour, Brecht, Brel, Trenet, Mac Orlan, Brassens, Queneau, Ferré, Béart, Sartre, Gainsbourg notamment.

Cette compilation achetée à sa sortie fut pour moi une révélation. Je la connaissais si peu. Et depuis, celle qui sait si bien partager "la beauté des mots" est devenue une évidence pour moi: la plus grande interprète de la chanson française.
Et sa meilleure ambassadrice dans le monde entier: de l'Allemagne au Japon.
Je me souviens de cette famille berlinoise de l'ex-RDA qui m' hébergea l'été 1995 et ne jurait que par "la Gréco" sans connaître un seul mot de français. "Gréco tut gut".

Ecoutez "La javanaise" de Gainsbourg interprétée par la muse.
Sublime, forcément sublime.

6.9.06

Sylvie Vartan: portrait

Ce joli croquis est de Karina.

Karina est une admiratrice de la blonde.
Elle a toujours su trouver les mots justes pour évoquer son attachement pour Sylvie Vartan.
Elle a eu la gentillesse de m'envoyer ses encouragements après la création de mon blog: " Tes portraits de Gainsbourg, Barbara, Aznavour m'ont particulièrement touchée. Ils sont si justes. Quant aux lignes consacrées à Sylvie, j'y souscris complètement, ayant une perception de celle-ci semblable à la tienne. J'aime beaucoup les clichés de Sylvie que tu as choisis. Je partage tes coups de coeur. Tu as raison, "L'indifférence" est bien l'une des plus belles chansons, si ce n'est la plus belle de Bécaud".

Je voudrais aussi remercier Romain, un jeune internaute étudiant de 21 ans, qui a la gentillesse de trouver de l'intérêt à mes écrits. "J'apprécie tous les chanteurs que tu cites avec une tendresse toute particulière pour Gainsbourg. Je complèterai la liste avec Ferré. Je connais mal Françoise Hardy. J'apprécie le CD que tu m'as conseillé "Tant de belles choses". Trenet, je suis rentré dans son univers quand j'ai étudié la poésie dans la chanson française. J'ai découvert Gréco tout récemment, c''est une merveille. Quant à Sylvie Vartan, son nom restera dans l'histoire de la chanson française en tant que pionnière du mouvement "yéyé" et pour les grands spectacles qu'elle a donnés à Paris".

Je voulais remercier chaleureusement Karina et Romain pour leur fidélité virtuelle depuis déjà plusieurs années. Ils ont l'élégance des mots qui est aussi celle du comportement.

On me reproche parfois (gentiment) un blog un peu impersonnel, au ton "journalistique".
L'objet de ce blog est en effet de parler de mes goûts musicaux. Il n'a pas vocation à être personnel.

Il est temps de reprendre le cours de mon parcours initiatique avec une très grande dame de la chanson française, si ce n'est la plus grande à mes yeux, la muse de Saint-Germain des Prés.

1.9.06

Sylvie Vartan: "Tous mes copains"

L'époque était alors aux disques de format "super-45 tours" avec 4 titres et pochette cartonnée sur papier glacé. Le disque en vinyl craquait joliment sur les électrophones de marque "Teppaz".

On remarquera le joli minois de Sylvie sur la pochette. On la surnommait à l'époque "la collégienne du twist".

"Tous mes copains" est le premier titre original écrit et composé pour Sylvie en 1962. Inspiré par la guerre d'Algérie, Jean-Jacques Debout offre à la jeune chanteuse un des plus beaux textes de l'époque:

"L'armée me les emmène par les quatre chemins.
Certains ne viendront plus, certains sont revenus.
Ils vont se marier et je ne les vois plus.
Tous mes copains reprendront le chemin.
Tous mes copains sont partis".

Première chanson d'une gravité insoupçonnée pour cette future égérie "yéyé" que l"on pouvait penser plus superficielle.

"Tous mes copains" s'écoule à 300 000 exemplaires et sera suivi par d'autres chansons tout aussi symboliques comme "La plus belle pour aller danser" en 1964 ou "La Maritza" en 1968.

Il est de bon ton parfois d'ironiser sur la carrière de cette chanteuse atypique mêlant gravité et futilité.
C'est oublier que les "anciens" du métier, ceux qui n'avaient plus rien à prouver, ont toujours eu des mots gentils sur Sylvie Vartan: Barbara, Aznavour, Bécaud, Montand, Brassens, Léo Ferré, Henri Salvador, Gainsbourg notamment.
Gainsbourg déclarera en 1972, suite à un trio télévisé avec Birkin et Sylvie:
"Sylvie est un bijou! C'est une grande. Elle excelle dans la chanson, la danse et même la comédie, ce dont fort peu d'artistes en France sont capables".
Gainsbourg était plutôt avare de compliments. Beau témoignage donc de sa part.

29.8.06

Eddy Mitchell: "Eddy lover"

Rarement, un chanteur ne se sera autant bonifié avec l'âge.
J'apprécie l'élégance, la discrétion et la fausse nonchalance avec lesquelles Eddy Mitchell mène sa carrière. On est loin de la "peoplelisation" indécente et vulgaire de son pote Hallyday.

Dès ses débuts, Eddy Mitchell a ponctué ses disques rock de slows comme "Alice" et "Toujours un coin qui me rappelle".
C'est dans ce registre "crooner" que je le préfère.
Et justement, je ne saurai trop vous conseiller sa compilation "Eddy lover" sortie en 1998 et toujours disponible.

Remarquablement mastérisé, valorisé par des musiciens hors pair dont l'excellent saxophoniste Michel Gaucher, cet opus contient vingt morceaux d'anthologie qui parcourent les années 76 à 98.
Avec "Sur la route de Memphis", "La fille du motel", "La dernière séance", Eddy a en effet créé dès 1976 ce style qui lui est propre de rock lent, limite "country", de ballades mélancoliques sur des textes joliment ciselés.
Cette unité de ton, cette cohérence artistique s'affirment tout le long de cet opus avec d'autres standards comme "Couleur menthe à l'eau", "Le cimetière des éléphants" et plus récemment les sublimes "Rio grande" et "Un portrait de Norman Rockwell".
Tous ces titres se tiennent, s'enchaînent, avec cette même façon détachée de décrire les hauts et les bas d'histoires à priori banales, en un mot le "blues".
Jolies mélodies à écouter àl'heure de l'extinction des feux.

Pour les fanas du rocker, il existe une compilation complémentaire intitulée: "Eddy rocker".
Elémentaire, mon cher Watson.

26.8.06

Bécaud: Monsieur 100 000 volts

Celui qui symbolisa la jeunesse turbulente des années 50 apparaît alors comme une exception dans le music hall.

Ce jeune chanteur excentrique électrise le public de l'Olympia avec son jeu de scène énergique et une façon bien particulière de marteler son piano.
Cette énergie, peu commune alors, se retrouve dans sa musique et dans son interprétation.
A mi-chemin du réalisme classique d'Aznavour et du surréalisme du "fou chantant" Trenet.

On retiendra des standards incontournables comme "Nathalie", "Le petit oiseau de toutes les couleurs" ou "L'orange" (dénaturée par la Star Ac).
Mais aussi des titres moins connus et tout aussi poétiques comme "Le pommier à pommes" et "Un peu d'amour et d'amitié" qui se termine sur un saxo apaisant.
Avec l'âge et les cigarettes, sa voix était devenue plus rauque.

La poésie de ses chansons transcende les générations et les modes.
Pourtant, avec le temps, le public s'est un peu dispersé et dans les années 90, la qualité de son oeuvre était hélas mésestimée. Il ne jouissait plus de la même notoriété artistique que ses "pairs" Aznavour et Trenet et il en souffrait beaucoup, paraît-il.

Le poète est décédé en 2001, un peu dans "l'indifférence" pour parodier le titre d'une de ses plus belles chansons.

"Quand il est mort le poète ..."

21.8.06

Coucou, c'est moi ...

En mai 1985, Sylvie Vartan réunit ses fans à l'Espace Cardin.

Cette année-là, la France vibre aux sons de Goldman, Renaud, Balavoine et Etienne Daho.
Je craque aussi sur le joli minois boudeur d'Al Corley qui nous chante "Square rooms".
Côté féminin, c'est France Gall qui cartonne. Son répertoire est jeune et moderne. Il inspire la jeunesse étudiante et la génération des "potes". Elle vient de triompher au Zénith de Paris.

Sylvie est plutôt "décalée". Américanisée depuis son mariage avec un riche producteur américain, embourgeoisée, le maquillage blafard, retranchée derrière ses lunettes fumées, la star apparaît froide et distante aux yeux de certains médias.
Le public jeune ne la suit plus. Son répertoire est devenu banal et vieillissant.
Elle vit désormais à Los Angeles, sous les sunlights de Beverly Hills.

Moi, je suis étudiant en second cycle de sciences à Paris VI. J'ai désormais d'autres préférences musicales qui ne passent plus par Sylvie Vartan, même si son timbre de voix atypique me séduit toujours. Je ne suis pas insensible à ses interminables et charnelles "Heures de désir" qui hélas resteront confidentielles au niveau du succès.

C'est alors que la blonde décide de réunir ses fans à l'Espace Cardin, à Paris.
Pour cette journée particulière, une occasion à ne pas manquer.
Nous voila rassemblés autour de "la Vartan". Oubliant son statut, Sylvie apparaît accessible, disponible et détendue. Tout en gardant ce côté pudique et réservé que j'apprécie en elle.
Elle répond aux questions très convenues des fans puis interprète en avant-première les titres de son prochain album "Made in USA" à consonnance plus rock.
La réunion se termine par une séance des dédicaces. C'est la bousculade.
Pris dans le tourbillon de la foule, me voici "intégré" au service d'ordre chargé de protéger la chanteuse des débordements inévitables des fans les plus excités. Je me retrouve positionné derrière Sylvie durant toute la durée des dédicaces.
Ce sera pour moi l'unique occasion de l'approcher d'aussi près. A la fin, elle me remerciera d'un petit sourire timide mais franc. Sylvie rime avec jolie et polie.

20 ans après, je découvre cette photo grâce à la magie d'Internet.
Merci Marie.
Le jeune homme "en blanc" de face juste derrière Sylvie, c'est moi. OK, je ne suis pas très bien cadré. Mais c'est Sylvie, la vedette.
Et comme Marie est aussi une admiratrice de Barbara, je concluerai volontiers par cette affirmation: "Si la photo est bonne".

C'était mon petit clin d'oeil personnel avant de reprendre le parcours initiatique de ce blog.

16.8.06

Sylvie et Sheila: les seventies flamboyantes

La chanson est un art mineur grommelait Gainsbourg.
Soit!

Sylvie Vartan est la première artiste de sa génération à inclure la danse dans un tour de chant. Dès les seventies, elle ne concevra plus de monter sur scène que dans cette forme de spectacle. Elle se produira alors dans des shows télévisés et sur des scènes immenses, avec une quinzaine de danseurs et sur des décors de rêve. Elle s'entoure pour cela des meilleurs chorégraphes américains.
Habillée par les plus grands couturiers, Sylvie offre à son public énamouré une silhouette et un corps de rêve. Elle n'arrête plus de montrer ses jambes en les exhibant jusqu'à hauteur de hanche dans des bodys cousus de flamme.
C'est dans la robe justaucorps noire signée Bob Mackie (que l'on voit sur la photo) que je la préférais. Féline à souhait.
Sa chorégraphie la plus emblématique restera "La drôle de fin", un tango rythmé qui fut un des grands succès de l'été 1975.

En 1975, une autre chanteuse emblématique des sixties et habituée des hits fait un tube pétillant: "Quel tempérament de feu". Il s'agit de Sheila. Contrairement à sa consoeur et rivale, Sheila ne fait pas de scène. Sa carrière se base uniquement sur la télévision et la presse qui en a fait une chanteuse "populaire". Naturellement douée pour la danse et devenue à son tour sexy et strassée, Sheila surfera avec succès sur une nouvelle tendance musicale, le disco. Elle apparaîtra à son tour à la télévision en short pailletté et montrant aussi ses jambes, entourée de trois danseurs blacks, les B. Devotion. Elle parcourt ainsi les plateaux de télévision européens à la conquête des charts.

Sylvie trouve le disco agréable au niveau rythmique mais un peu impersonnel. Elle utilisera ce rythme comme prétexte pour de nouveaux ballets scéniques mais ce style ne l'intéressera pas vraiment.

A l'époque, Sylvie et Sheila étaient les deux chanteuses qui trustaient les meilleures places du Hit-Parade. Elles étaient mes deux chanteuses préférées, aussi flamboyantes l'une que l'autre.
A l'évidence rivales. Ou du moins la rivalité était entretenue par leurs entourages respectifs.
La photo ci-dessus prise lors d'un "Sacha-Show" début 1979 est donc plutôt un événement, tant les deux vedettes s'évitaient.

Aujourd'hui, avec le recul, je garde une certaine nostalgie de mes seventies "paillettées", même si depuis, Sheila a quitté mes "étoiles d'or".

11.8.06

Gainsbourg: "Je choque, donc je suis"

On l'a vu, Gainsbourg était un désabusé.
Il se défendait d'être cynique par nature: "Je ne suis devenu cynique qu'au contact de mes prochains, qui m'agressent sur ma laideur et sur ma franchise. On dit que je suis laid, bon, d'accord, je le sais, je m'en fous".

C'est peut-être l'artiste masculin dont je me sens le plus proche humainement, non pas pour sa laideur, mais pour sa sensibilité refoulée derrière une agressivité de façade.
On sentait en lui un homme blessé.

On retiendra dans son oeuvre de formidables mélodies mais surtout la richesse de ses rimes.
Le sexe était pour lui un sujet sur lequel il pouvait disserter à l'infini.
A commencer par "Les sucettes", une chanson acidulée que la pauvre France Gall susurra sans comprendre.
Suivi du torride "Je t'aime, moi non plus", titre gémissant et érotique à souhait interprété par le couple Gainsbourg-Birkin en 1969. Sublime.

Par la suite, Gainsbourg privilégiera la provocation avec plus ou moins de bon goût. Il ne semble plus être alors que l'ombre de lui-même, quand il s'autodétruit à petit feu et à petites gouttes (oserai-je ironiser). Son "I want to fuck you" à la chanteuse américaine Whitney Houston en direct à la télé, les transes déplacées de sa dernière compagne Bambou dans son très controversé "Love on the beat" n'étaient pas des plus subtils.

15 ans après sa mort, cet élitiste par atavisme, ce provocateur par défaut, nous manque. On retiendra le meilleur de son oeuvre, de "La Javanaise" (initialement écrite pour Juliette Gréco) à "Je suis venu te dire que je m'en vais".

5.8.06

De Gainsbourg à Gainsbarre

Fumeur, buveur, branleur, baiseur, flambeur, charmeur, joueur, provocateur, manipulateur, fabulateur et avant tout auteur hors pair, Gainsbourg était certainement le plus doué de sa génération.

Victime de ses excès, de son pessimisme forcené, dépressif et "aquoiboniste", Gainsbarre a bravé l'existence plus qu'il n'en a joui.

Musicalement, ce caméléon surdoué a "tâté" tous les styles musicaux: de la chanson rive gauche pour Juliette Gréco au yéyé pour France Gall en passant par le rock, le reggae, le funk.

On ne comprend rien à Gainsbourg si on ne décèle en lui la fêlure qui remonte à l'enfance et à l'adolescence.
Cet esthète cultivé et raffiné, qui sent et goûte la beauté s'insupporte avec ses yeux globuleux, son nez proéminent et ses grandes oreilles. Il évoluera toujours entre souffrance, douleur et cabotinage.
Celui qui se surnommait "l'homme à la tête de chou" écrira pour les plus belles femmes: de Brigitte Bardot à Vanessa Paradis en passant par sa muse Jane Birkin.
Bon, il a même fait chanter Régine, euh pas "les sucettes" mais "les petits papiers". Génial éclectisme.

Avant-gardiste, c'est sa première période que je préfère, celle qui précède curieusement le succès populaire qui viendra tardivement. Ecoutez donc son phrasé dans "L'eau à la bouche", "Black trombone" et "Couleur café", bref ses chansons moins commerciales.
Du grand Gainsbourg, au style dépouillé et épuré.

1.8.06

Barbara: la longue dame brune

Cataloguée "rive gauche", Barbara interprétait à l'"Ecluse" de 1958 à 1963 les chansons de Brassens, Brel et Ferré.
A la fois déterminée et sûre de rien, Barbara imposa progressivement son propre répertoire, dévoilant avec pudeur ses doutes et son mal-être.
"Dis quand reviendras-tu ?" imposera une chanteuse à la voix écorchée, à la limite de la brisure et de la fêlure.
Son public se reconnaît dans cette artiste qui assume sa fragilité. Elle nous parle de solitude, de la perte d'êtres chers, de son enfance, de la vulnérabilité.
Sa voix donne le frisson, la chair de poule.

Barbara s'apprécie le soir, à la nuit venue.
Les mots sortent de sa gorge, quand elle rend par exemple hommage à un père incestueux mais pardonné qui lui a fait tant de mal dans "Il pleut sur Nantes".
La déchirure, la vérité à l'état brut.

Enfant déjà, cette longue silhouette noire me fascinait avec son mystérieux "L'aigle noir".

Pour ma part, j'attendais donc avec impatience depuis longtemps une vraie compilation de Barbara.
Intitulé "Femme Piano", remastérisé en haute définition, ce double CD est enfin sorti en novembre 1997.
Avec tous ses standards: "Göttingen", "Nantes", "Une petite cantate", "Attendez que ma joie revienne", "Ma plus belle histoire d'amour" notamment.

J'ai acheté cet opus dès sa sortie. Il sonnait comme un testament. Une semaine plus tard, la "dame brune" disparaissait.

"Quand ceux qui vont, s'en vont aller.
Quand le dernier jour s'est levé. Quand ceux qui vont, s'en vont aller.
Quand pour toujours et à tout jamais dans la terre profonde.
Quand ceux que nous avons aimés vont fermer leurs paupières.
Qu'ils dorment, s'endorment tranquilles".

Barbara: une artiste incontournable dans ma CDthèque.

12.7.06

Sylvie Vartan: "La plus belle pour aller danser"

Dans le hors-série de Télérama consacré au "Rock & Chanson", voici un joli commentaire sur une compilation de Sylvie Vartan.
Il date de 1995.

"Les quadras l'adorent: elle a su transformer en femme élégante la fillette yé-yé des commencements, mettre de la justesse et un soupçon de profondeur dans sa voix autrefois flûtée. On retrouve chez Sylvie twists sympas, ballades insouciantes et plus émouvantes confessions."

Plus émouvantes confessions ?
C'est ainsi que je la préfère. "Deux mains", "Un peu de tendresse", "Non, je ne suis plus la même", "Je chante encore l'amour", "Jours après jours", "Toute une vie passe"...
L'émotion à l'état brut, grâce à cette voix atypique, légèrement voilée, qui s'est bonifiée avec le temps pour en effet "gagner en profondeur".
Autant de "joyaux" méconnus du grand public.
Dommage.

A noter sur la photo la beauté slave et sauvage de la blonde idole en 1964.
Elle symbolisait à l'époque la modernité et était présentée comme "l'archétype de la jeunesse française".
Les magazines expliquaient alors que les modes destinées aux juniors changent tous les dix ans: "Après le style existentialiste de Gréco, vint celui de Bardot, à présent démodé par celui de Vartan. Sylvie est le nouveau modèle en date, unanimement plébiscitée".
C'était l'époque où Sylvie était "branchée".

Avec "La plus belle pour aller danser" (1 500 000 exemplaires), Aznavour frappa fort et ce titre conféra à la jeune fiancée de Johnny une crédibilité naissante et une touche de romantisme qui fit craquer plus d'un teenager.

Peu d'idoles des jeunes peuvent se flatter comme elle d'avoir partagé la vedette avec les Beatles sur la scène mythique de l'Olympia en 1964.
On dit même que Paul Mc Cartney en "pinçait" pour elle et lui fit pendant plusieurs jours une cour désespérée ...

8.7.06

Trenet: le fou chantant

Si Piaf et Aznavour sont des chanteurs "réalistes", Charles Trenet est lui un chanteur "surréaliste".
Il ne faut s'attendre à aucune construction logique de son esprit, le laissant vagabonder au gré de ses rêveries. Ce poète, ce "fou chantant" a révolutionné la chanson française dans les années 30 en lui apportant de surcroît une touche musicale teintée de swing et de jazz.

Curieusement, c'est l'interprétation magistrale du "soleil a rendez-vous avec la lune" par Sylvie Vartan à Sofia en Bulgarie en 1991 qui m'a donné l'envie de "revisiter" le répertoire de Charles Trenet.

C'est à New York en 1992 que je me suis procuré sa compilation intitulée là-bas: "The extraordinary garden - The very best of Charles Trenet".

Depuis, je suis devenu un inconditionnel avec une préférence pour ses premières années: "Fleur bleue", "Jardin du mois de mai", "Vous êtes jolie", "La route enchantée", "Boum" ... mais aussi les plus nostalgiques "Revoir Paris" et "Ménilmontant" quand il évoque "des yeux très doux, les tiens maman".

Petite anecdote historique pour finir. C'est Trenet qui la raconte, mais il fabulait tellement.
C'était en 1959. L e Général de Gaulle, dès son arrivée à l'Elysée, avait invité les stars du music-hall. On les fait grimper sur une sorte d'estrade. Au premier rang, Maurice Chevalier, Tino Rossi, Piaf et Trenet. Juste derrière, Montand, Mouloudji, Gréco, Aznavour, Bécaud et les autres. Trenet raconte la suite avec jubilation: "Quand Chevalier m'a vu à côté de lui, il m'a fait un geste du pouce pour que je recule d'un rang. J'ai obéi. Et de Gaulle arrive, serre les mains de Piaf, de Tino puis, passant par-dessus l'épaule de Chevalier, prend la mienne, la garde dans la sienne et se met à déclamer: "Longtemps, longtemps après que les poètes ont disparu" ..."

Oui, Charles Trenet nous a fait aimer le music-hall ...

6.7.06

Aznavour: patrimoine national

La rencontre avec Piaf et Trenet en 1946 a été pour Aznavour déterminante.
Devenu le parolier de la "môme" Piaf, il lui écrira notamment "Je hais les dimanches". Elle refusera ce titre qu' Aznavour proposera alors à Juliette Gréco.
Avec sa mauvaise foi évidente, Piaf le lui reprochera: "Comment, salaud, t'as donné ma chanson à cette existentialiste ?".
Bon, cà c'est pour l'anecdote.

A priori, je n'appréciais pas plus que cela le personnage. Il court trop après les honneurs et les médailles.
Mais en étudiant son "parcours", on comprend mieux les embûches qu'il a affrontées. Ce fils d'arménien avait à imposer sa voix, son physique, sa taille et ce n'était pas dans la poche.
Lui y a toujours cru et se voyait déjà "en haut de l'affiche".

Lancé dans les années 50 à la difficile conquête de la gloire, il a finalement réussi à imposer son répertoire réaliste.
Plusieurs décennies après, ses chansons, de "La Bohème" à "La Mamma" font partie du patrimoine musical national.

Curieusement, sa voix s'est bonifiée avec l'âge. Et ce sont les enregistrements live des récitals du Palais des Congrès 87 et 94 qui me donnent le plus le frisson. Impressionnante maîtrise vocale.

Ce qui me plaît dans ses textes, c'est l'évocation du temps qui passe.
"Le temps", "Hier encore", "Sa jeunesse": ses mots sont simples mais le langage est poétique.
Et dans ses chansons les plus tristes, le passé est toujours là en filigrane.

"Non, je n'ai rien oublié", que de sanglots refoulés dans sa voix, sur les deux enregistrements live mentionnés.

5.7.06

Sylvie et Françoise: "Clic-clac"

Sylvie Vartan et Françoise Hardy ont été certainement les deux idoles féminines les plus photographiées par le célèbre photographe de "Salut Les Copains" Jean-Marie Périer dans les années 60.

Françoise a souvent évoqué, je la cite: "le côté joli et sexy de Sylvie".
Qui, mieux que Sylvie et Françoise pouvait évoquer à l'époque "le sentiment amoureux" au féminin, chantant avec grâce et naturel le spleen des adolescentes de leur âge.

On aurait pu les croire rivales. Mais très différentes dans leur style et donc nullement en concurrence, les deux jeunes chanteuses se mettent alors mutuellement en valeur et deviennent réellement des amies.
Sylvie interprète à l'époque "Tous mes copains" et Françoise "Le temps de l'amour".
A noter enfin, le rôle d'égérie de la mode qu'elles jouèrent et souvent ensemble pour les jeunes couturiers branchés des sixties comme Yves Saint-Laurent et Paco Rabanne.

Malgré une évolution très différente (Sylvie privilégiant la scène et Françoise l'écriture), elles ont en commun d'avoir gardé l'une et l'autre une image impeccable vis-à-vis de leur public respectif.
Ces deux vedettes sont désormais très discrètes dans les médias.

Au niveau de la bande FM, Françoise Hardy est encore régulièrement diffusée avec ses standards dont "Message personnel" et son dernier album (évoqué ci-dessous) passait même sur la très élitiste radio "FIP" en 2004.
La programmation de Sylvie reste hélas plus confidentielle.
Mis à part sur Radio Nostalgie (et encore de moins en moins), sa "play-list" se limite désormais à ces 2 standards: "La Maritza" et "La plus belle pour aller danser". Dommage.

4.7.06

Françoise Hardy: "Tant de belles choses"

Alors que Sylvie Vartan sort en 2004 un nouvel opus assez inégal, prétexte surtout à la création de somptueux ballets scéniques pour son grand retour au Palais des Congrès, l'autre égérie "sixties" Françoise Hardy sort un nouvel album intitulé "Tant de belles choses".
Un petit bijou d'authenticité et de douce mélancolie qui correspond plus à mes goûts musicaux actuels.

Le public et le métier ne s'y trompent pas.
Françoise sera disque d'or et récompensée aux Victoires de la Musique comme l'interprète féminine de l'année en 2004.

Tout en finesse mélancolique, en murmures intimes, chuchotés même, sublimé par le timbre de sa voix et la fluide élégance acoustique des arrangements, cet opus passe en boucle sur ma platine.

Qui mieux que Françoise peut sublimer la tristesse en douceur depuis les mythiques années 60 où elle fredonnait déjà "Tous les garçons et les filles" et "Ma jeunesse fout le camp".

Son titre "Jardinier bénévole" avec dans les choeurs le fidèle Alain Lubrano est l'exemple même de la transcendance. Plus efficace qu'un joint, planant et "aérien" à souhait.
Epaulée aussi dans cet opus par Benjamin Biolay (vous savez, le "dandy" à la mode), avec en toile de fond la guitare sèche de son fils Thomas Dutronc, cet album d'une tranquille cohérence se termine par:

"Côté jardin, côté cour, c'est toujours le temps qui court et moi qui cours après vous".

Encore et toujours les hiatus amoureux et la fuite des ans.

3.7.06

Best of de Sylvie Vartan: Les années RCA

Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer ce commentaire publié dans le Hors-Série des "Inrocks" consacré aux 50 albums incontournables des années Rock & Pop des années 50,60 et 70.
Le journaliste Christophe Conte (non, non, ce n'est pas moi) n'était à priori ni un fan ni un spécialiste de la blonde Sylvie Vartan.

Il résume la découverte de ce "best of" par:
"Parsemée de pépites à redécouvrir, la carrière de cette blonde fatale n'en demeure pas moins l'un des ratages les plus regrettables de la pop française".

Selon lui, "Sylvie Vartan est un cas légèrement à part dans le grand zoo de la variété française, qui aurait pu donner de belles et étranges choses si on ne l'avait trop hâtivement apprivoisé, ni de se contenter de la parquer dans son rôle d'épouse blonde et sexy du lion Hallyday. Osons prétendre qu'elle aurait pu devenir une sorte de Nico, troublante et hautaine, au lieu de faire la nigaude avec Frankie Jordan dans "Panne d'essence".
Ecoutons (sans se pincer le nez) son récent double "best of" des années RCA (1961-1983) et attendons-nous à des découvertes étonnantes, insoupçonnées, voire à quelques révélations sidérantes. Il nous avait par exemple échappé que Sylvie s'était essayée à l'impossible exploit de reprendre les Beach Boys en une version fidèle et digne "Mr John B". Elle a aussi adapté la Motown bien mieux que Claude François avec "Garde-moi dans ta poche" et même risqué une ascension du "Wall of Sound" spectorien avec l'ébouriffant "Irrésistiblement".
Certaines des ballades pour coeurs brisés qu'elle a interprétées n'ont également rien à envier à celles qu'au même instant Françoise Hardy laissait à la postérité: "Ballade pour un sourire" ou "Par amour par pitié" en 1966, "Deux mains" en 1967. Mais c'est encore dans le rock d'inspiration londonienne qu'elle est la plus impressionnante, sur "Quand tu es là" (1965, que Daho lui fit refaire des décennies plus tard) et surtout l'incroyable "C'est un jour à rester couché" qui sonne quasiment comme du "Small Faces". Malheureusement, aucun hit flagrant dans cette liste de bijoux.
A leur place, ce sont les anodins "2 minutes trente-cinq de bohneur", "Comme un garçon" ou "Le Roi David" qui auront les faveurs des transistors.
Sans parler des horreurs des années 70/80, lorsqu'elle chercha à jouer les meneuses de revue façon Las Vegas ou tâta du disco comme toutes les has-been de l'ère "Salut les Copains"."

Critique surprenante et constructive donc même si l'auteur de cet article minimise l'impact de titres comme "La plus belle pour aller danser" et "La Maritza" écrits spécialement pour Sylvie Vartan et qui font partie désormais du patrimoine musical.
Si les chansons dites yéyés, au départ simples adaptations de succès américains, caractérisées par la simplicité des paroles, déferlent en ce début des années 60, la chanson d'auteur résiste.
La chanson française à texte s'adapte et ses auteurs écrivent pour la jeune et nouvelle génération.
Charles Aznavour offre en 1963 "La plus belle pour aller danser" à Sylvie et Pierre Delanoë (le parolier attitré de Bécaud) lui écrit en 1968 "La Maritza" aux accents très autobiographiques.
Preuve que les frontières entre les genres ne sont finalement pas si étanches.

2.7.06

Historique: Sylvie Vartan

Ce blog est né de ma passion pour la chanson et la variété française et notamment pour l'une de ses plus charmantes ambassadrices: Sylvie Vartan (ci-dessus en 2004).
"Moi, j'aime le music-hall" fredonnait le fou chantant Charles Trenet.
"Trois petites notes de musique" répondait comme en écho Juliette Gréco, la muse de l'existentialisme.

Les années 60 virent l'émergence du courant yéyé avec une nouvelle génération de jeunes teen-agers, dont les rythmes étaient souvent des reprises de standards rock américains.
Yéyé , c'est en fait la traduction de l'onomatopée américaine "yeah, yeah" qui ponctuait la plupart de ces refrains.

Au début des années 60, dopées par le succès de Johnny Hallyday et d' Eddy Mitchell avec les Chaussettes Noires, les maisons de disques cherchent à exploiter le phénomène rock au féminin. Sylvie Vartan débarque presque par hasard, pour "dépanner" son frère musicien de jazz et producteur chez RCA. C'est donc dans un univers totalement masculin que la jeune adolescente, encore lycéenne, va connaître le succès en chantant "comme un garçon".
Dès ses débuts, en 1961, elle n'hésite pas à affronter le public sur scène, avec les déboires que l'on sait. Mais Sylvie a le cran d'affronter la situation et d'apprendre son métier qu'elle ne conçoit que sur scène.
Le charme et la beauté sauvage de Sylvie gagneront vite le coeur des teen-agers dont elle deviendra l'égérie.
Ses chansons et son style sont en phase avec cette jeunesse turbulente qui ne rêve que de liberté et de l'Amérique.
Les titres s'enchaînent avec notamment "Tous mes copains" et "La plus belle pour aller danser". A noter que ces deux premiers standards de Sylvie sont des titres originaux et non des reprises, "La plus belle pour aller danser" ayant été écrite par Charles Aznavour.

Les années 70 verront Sylvie se muer en show-woman à l'américaine. Revanche sur le sort qui ne l'a pas épargnée, son terrible accident qui faillit la défigurer à jamais. Elle sera la première chanteuse à investir les plus grandes salles parisiennes comme le Palais des Congrès et le Palais des Sports ... pour des shows très visuels aux chorégraphies réglées à la perfection, des danseurs et du strass.
Les puristes verront dans cette évolution très professionnelle une perte du naturel et de l'authenticité maladroite qui faisaient le charme de la jeune égérie sixties.
Elle gagnera un public plus familial et la reconnaissance artistique du métier.

Les années 80 sonneront un peu le glas d'une carrière hors-norme.
Après 20 ans de tourbillons scéniques, de tubes, d'une séparation douloureuse avec Johnny, Sylvie prend le temps de privilégier enfin sa vie de femme et de mère et rechercher un peu de quiétude.
Elle déserte quelque peu les charts et les hits et vit désormais son "rêve américain" au bras d'un homme à l'épaule protectrice, du côté de Los Angeles.
Mais Sylvie comprend qu'avec son public, tout au long de ces longues années, s'est tissé un indéfectible lien d'amitié.

Les années 90 et les années 2000 ne seront que du bonheur.
Loin des exigences du show-bizz dont elle s'est depuis démarquée, Sylvie propose des rendez-vous scéniques et discographiques espacés mais réguliers avec son public, fidèle, qui ne cesse de la renvoyer à ses "tendres années" qui sont aussi nos "tendres années".
Ce qui fait d'elle aujourd'hui incontestablement une des reines du music-hall.